Pouvez-vous nous rappeler les enjeux de ce projet ?

Il s’agissait de la dernière opération de construction sur ce secteur, qui comptait huit lots, essentiellement du logement, avec deux immeubles de bureaux.
Avec le bâtiment du 122 rue de Saussure, l’enjeu était de faire la liaison entre le secteur Saussure de la ZAC des Batignolles, qui comprend des constructions modernes et hétéroclites, et le secteur Pereire, plutôt ancien et haussmannien.

Quels ont été vos partis pris ?

Je voulais offrir une traduction contemporaine des immeubles haussmanniens, qui se trouvent juste à côté. Pour cela, je me suis inspiré de la façon dont ils sont structurés, en me servant, pour la peau, d’un béton brut, c’est-à-dire non ravalé. Je voulais également que, depuis la rue, on puisse voir le parc voisin à travers le bâtiment, et qu’il y ait une ligne de ciel découpée en hauteur.
L’idée était donc de creuser le bâtiment à la fois en bas et en haut. Le résultat donne une forme complexe et riche, avec un jeu autour de matériaux naturels, notamment le bois pour adoucir le béton et conférer au projet un caractère résidentiel.

Pourquoi le choix du noir, qui peut paraître un peu radical ?

J’apprécie particulièrement l’œuvre de Pierre Soulages et sa série Outrenoirs, où, à partir du noir, le peintre fait émerger des couleurs. J’ai fait le lien avec ce peintre en raison de la présence, à proximité du site, d’un immeuble noir et d’un lot complètement blanc.
À partir de là, il y avait une recherche possible autour du noir, une réflexion à mener sur la lumière. Et pour que le béton vibre, j’ai choisi de ne pas mettre de finition.

Quels sont les atouts du béton utilisé en façade ?

Il est extrêmement performant. Nous avons cherché la nuance de noir la plus optimum possible pour l’expression du projet, et pour que les phénomènes de calcification viennent l’enrichir.
De plus, il est autonettoyant, ce qui signifie qu’il n’y aura pas d’effet de moisissure sur la façade. Au-delà de ça, si on peut faire l’économie d’enduits, d’artifices, c’est préférable. Pour ma part, j’emploie le strict minimum en termes de matériaux, je fais en sorte qu’une façade ne nécessite pas d’entretien, etc. Tout cela est en faveur de l’écologie.

 


Par Charles Legueltel, le 09/05/2018.