D’une guerre à l’autre

Construite quelques années avant la Première Guerre mondiale, dans le no man’s land entre Boulogne et Billancourt, Sainte-Thérèse est une simple chapelle provisoire, érigée en paroisse en 1927 avec le projet ambitieux d’une basilique monumentale. Rêves brisés par la crise économique de 1929, c’est un bâtiment beaucoup plus modeste qui accueille les fidèles en 1939.
La structure Art Déco conçue par l’architecte Charles Bourdery se révèle dans toute sa force avec son ossature en béton armé, accueillant en alternance parois de brique et grands croisillons géométriques en ciment garnis de vitraux. La haute nef au toit en pavillon est construite au-dessus d’une crypte à voûte d’arêtes en béton sur colonnes. Quant au déambulatoire, il est délimité par des claustras en ciment d’inspiration orientale.

Béton et ciment au service de l’art sacré

Architectes, peintres, sculpteurs, maîtres verriers… de grands artistes ont travaillé à l’ornementation des lieux.
Parmi eux, le Franco-Polonais Jean Lambert-Rucki, membre de l’Union des artistes modernes, très inspiré par l’art byzantin, l’art roman et l’Égypte.
Dans le ciment frais projeté sur le mur, il sculpte un exceptionnel ensemble de bas-reliefs peints : le chemin de croix et, dans les chapelles latérales, les représentations du monde du travail (ingénieur, ouvrier, terrassier et concepteur) et les quatre âges de la vie d’une femme des années 1930. On lui doit également les chapiteaux historiés de la crypte.

Un trésor de verre et de ciment

La pénombre de l’église accentue la luminosité des vitraux réalisés par Auguste Labouret et André Pierre. Ceux-ci utilisent simultanément deux techniques : le sertissage au plomb et l’enchâssement dans le ciment. Après des bombardements en 1942 et 1943, la technique de dalles de verre éclaté est en effet généralisée pour tous les nouveaux vitraux. Les blocs de verre coloré sont cloisonnés dans une gangue de ciment coulée sur une armature métallique, puis martelés au burin pour accentuer jeux de lumière et motifs.

Une restauration d’envergure

Pour préserver ce patrimoine exceptionnel, un grand chantier de restauration est en cours. Tandis que les vitraux ont été confiés aux ateliers Loire, maître verrier de Chartres, les claustras de la paroi sud ont été déposés. Recoulés sur place, ils seront remontés avec des ferrures d’inox pour assurer leur pérennité. Une campagne de financement recherche activement des mécènes et recueille les dons.
Témoin unique des Arts Décoratifs, l’église Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus a déjà obtenu le label de “Patrimoine du XXe siècle”. Elle attend désormais l’avis de la Région Ile-de-France pour obtenir celui de “Patrimoine régional exceptionnel”, reconnaissant la richesse d’un bâtiment ni classé, ni protégé.

 


Par Laurent Joyeux, le 23/07/2018.