Au cœur du quartier de Beverly Crest, sous le ciel bleu vif de la Californie du Sud, nichée dans un écrin de nature tropicale, la Sheats-Goldstein Residence offre une vue panoramique sur Los Angeles. Pièce maîtresse de l’architecture organique, elle a été conçue au début des années 1960 par John Lautner, un disciple de Frank Lloyd Wright, pour la famille Sheats. Elle a été entièrement réalisée en béton et coulée in situ.
L’architecte a continué à superviser son œuvre lorsqu’en 1972 la résidence a été rachetée par le flamboyant James Goldstein, l’homme d’affaires multimillionnaire aux 1000 stetsons de python. Depuis plus de cinquante ans, celui-ci l’a restaurée, embellie et a continué l’aventure des lieux, d’abord avec John Lautner lui-même, puis avec Duncan Nicholson, son apprenti et associé. Depuis 2015, James Goldstein a confié les rénovations, la modernisation et la construction des nouveaux bâtiments de la propriété à Kristopher Conner et James Perry, du cabinet Conner + Perry Architects.
Héritage architectural en béton
Conner + Perry Architects a conçu une nouvelle phase de son développement : le Club James, un complexe annexe, situé à côté de la résidence d’origine. La construction d’un nouveau terrain de tennis sur les pentes escarpées de la colline, en 2000, est à l’origine de ce projet lancé par Goldstein et Nicholson. La plateforme du court nécessitait d’importants soubassements. Il a été décidé d’y aménager, sur plusieurs niveaux, un night club privé, un espace VIP, une salle de projection, un bureau. Une terrasse extérieure, qui comprend l’escalier principal, la cuisine et les aires de barbecue, les tables à manger, la piscine, a été achevée en 2023. L’ensemble est digne d’un décor de film, où le béton – lisse, banché, désactivé… – tient le premier rôle.
Comme pour la résidence historique, pas ou peu d’angles droits. La scénographie des lieux joue de l’étagement des terrasses, de la lumière sur le béton, de ses différentes tonalités de gris et de son alliance avec le verre, l’acier, le bois, le cuir et la végétation tropicale. Fidèle à John Lautner, dont c’était la signature, Conner + Perry Architects a joué avec les contrastes et les passages ouverts entre extérieur et intérieur. « C’est un équilibre délicat que de préserver et de respecter le génie de la résidence d’origine tout en développant des designs qui dialoguent avec lui, précise Kristopher Conner. Nous considérons notre travail comme une évolution du langage visuel établi par Lautner. L’ADN de la maison est là, mais l’expression est adaptée à l’environnement et aux fonctions des nouveaux espaces. »
Inspiration pour la relève
Tables, banquettes, chaises… De nombreux éléments de mobilier en béton ont été conçus par les architectes. À tout seigneur, tout honneur, dans l’angle sud-ouest du bâtiment, le bureau de James Goldstein domine toute la ville, avec son imposante table de béton et acier. Le lieu conserve les innombrables souvenirs de ce passionné de basket-ball et ses photographies en compagnie de célébrités.
Le musée d’art du comté de Los Angeles, le LACMA, a annoncé en 2016 que le collectionneur d’art James Goldstein avait fait don au musée de sa propriété, de sa collection d’art et de mode, ainsi que de 17 millions de dollars pour assurer l’entretien des lieux. Pour le mécène, la grande architecture est une source d’inspiration aussi puissante que toute œuvre d’art : « Je veux que tout le monde puisse voir cette maison et qu’elle inspire de jeunes architectes. Je ne l’ai pas préservée, mais plutôt amenée à un niveau bien supérieur que quand je l’ai achetée en 1972. Depuis il n’y a pas eu un jour sans travaux », a déclaré Goldstein, qui gardera la main jusqu’au bout sur son royaume. D’ailleurs, après le Club James, un projet de théâtre est à l’étude sur la propriété. L’aventure continue à Beverly Crest !