Si l’origine de son nom est contestée, le courant architectural brutaliste est bel et bien né dans les années 1950 en Angleterre. Au même moment, Le Corbusier travaillait sur la Cité radieuse de Marseille (initié en 1947) et sur le Palais de l’Assemblée à Chandigarh (1951) pour lesquels il préconisait un béton “brut”, laissé à l’état naturel, sauvage.

 

Rompre avec l’ornement

Après la Seconde guerre mondiale, il faut reconstruire vite, et à faible coût, des logements, des centres commerciaux, des universités, des bâtiments publics… Afin de répondre à cette exigence, les architectes brutalistes recourent à un langage basé sur des formes massives, des géométries simples, des modules répétitifs, des matières brutes.
Leur matériau de prédilection est le béton coulé en place : une solution économique, efficace, facilitée par les gabarits répétitifs. De par sa vocation sociale, ce courant parti du Royaume-Uni, de la France et des Etats-Unis connaîtra une grande popularité en Europe de l’Est et en Amérique du Sud.

Diverses sensibilités architecturales

Le Brutalisme est l’expression d’un refus qui entend créer une rupture radicale avec le raffinement du style Beaux-Arts. Cependant, malgré un aspect brut de décoffrage, les façades développent des textures et des formes intéressantes, grâce aux teintes des ciments et des agrégats.
Et cette architecture est marquée par diverses sensibilités : Marcel Breuer (siège de l’Unesco à Paris, 1952 ; Flaine, 1960) ; Bertrand Goldberg (Marina City, Chicago, 1959) ; Louis Kahn (Salk Institute, La Jolla, Californie, 1960) ; Jacques Kalisz (Centre administratif de Pantin, 1969) ; Gérard Grandval (Les Choux, Créteil, 1969) ; Jean Renaudie (Îlot Renaudie, Saint-Denis, 1975)…

 

Critiques et retour en grâce

Associé aux bunkers et à l’architecture communiste, évoquant a priori des bâtiments massifs, gris et ingrats, le Brutalisme fut accusé de défigurer les villes et de favoriser la violence sociale. L’Hôtel de ville de Boston (Kallmann McKinnell & Knowles, 1969) fut même élu bâtiment “le plus laid au monde” en 2008, par les lecteurs du site VirtualTourism.com.
Mais depuis peu, certains édifices sont réhabilités ou classés Monuments historiques (Séminaire Saint-Pierre de Cardross en Écosse, Metzstein et Andy MacMillan, 1958). Tandis que de prestigieux architectes contemporains s’en inspirent : Tadao Ando (musée de la littérature, Himeji, 1991) ; Herzog et de Meuron (Philharmonique de Hambourg, 2017).

 


Par Delphine Desveaux, le 13/11/2017.