Comment avez-vous découvert ce théâtre ?

Le théâtre des Bleus de Bar est une légende urbaine pour toutes les générations résidant à Bar-Le-Duc. Les grands-parents se souviennent des concerts et des spectacles, et les parents des séances d’aérobic quand il a été transformé en salle de gym. Beaucoup se sont rencontrés dans ses salles louées pour des noces. Durant notre enfance, ce vieux théâtre abandonné, squatté, nous faisait rêver.
En juillet 2015, un avis dans la presse locale avertissait qu’il était mis en vente par son propriétaire, l’Office public de l’habitat. Avec deux amis, nous avons décidé d’étudier la possibilité de lui redonner vie et de créer une association qui regroupe aujourd’hui une centaine de membres et de bénévoles passionnés.

Étiez-vous préparés à ce genre d’aventure ?

Absolument pas. L’un de nous est comédien et metteur en scène, l’autre est bijoutier, et je suis chargé de communication au Département de la Meuse.
Mais quel coup de cœur quand nous avons visité cette superbe bâtisse à la lampe torche ! Et quel chantier énorme ! Tout en gardant la maîtrise d’ouvrage, nous nous sommes entourés des personnes les plus à même d’établir le cahier des charges : la Fondation du patrimoine bien sûr, mais aussi les pompiers pour les contraintes de sécurité et un maître d’œuvre expérimenté pour les travaux. Pendant un an, nous avons demandé des devis, contacté des partenaires. L’achat s’est fait en mai 2016, et le budget des travaux a été évalué à un million d’euros.

En quoi les travaux de restauration consistent-ils ?

Comme pour tout chantier, le plus urgent était le clos et le couvert. Les fenêtres ont été changées, et les premiers toits seront posés au printemps. La fin du chantier est prévue en 2020.
Mais nous bénéficions déjà de dérogations pour organiser six manifestations entre les mois de mars et novembre, par exemple à l’occasion des Journées du patrimoine ou de la Fête de la musique. Elles ne doivent pas rassembler plus de 60 personnes à la fois. Le public et les membres de l’association sont ravis de venir au théâtre.

Aviez-vous conscience que c’était un trésor architectural en béton armé, inauguré douze ans avant le Théâtre des Champs Élysées, des Frères Perret ?

Nous savions que c’était un bâtiment remarquable, mais il y a très peu d’informations sur Louis Morel, l’entrepreneur qui l’a construit en 1900.
D’après les historiens, c’est la petite taille du chantier qui a permis cette première réalisation en béton armé, et elle a très bien vieilli. Louis Morel a rigoureusement appliqué les contrôles de charges très sévères qui ont ensuite été imposés, en 1906, par le premier règlement français de la construction en béton armé. Sous la chaux et sous les stucs tout est nickel. Il y a eu très peu d’infiltrations d’eau, cela a beaucoup facilité les travaux de nettoyage. D’ailleurs nous avons obtenu sans problème le Certificat de stabilité.

Être désigné prioritaire des recettes du Loto du patrimoine, c’est un réel coup de pouce ?

L’histoire a commencé avec la Fondation du patrimoine. Grâce à elle, nous avons bénéficié des conseils des architectes des bâtiments de France. Et c’est encore elle qui nous a invités à déposer un dossier en 2016, quand Stéphane Bern a lancé le loto du patrimoine. Les 350 000 euros de subvention constituent une manne providentielle. Avec elle et les fonds privés, 50% du budget est bouclé, et cela permet aux collectivités de se positionner. La DRAC, par exemple, propose d’inscrire le théâtre au titre des Monuments historiques. C’est une bonne approche pour de futurs financements, d’autant que le budget initial sera respecté.

Quel avenir réservez-vous à ce lieu ?

Nous souhaitons que les gens viennent pour le théâtre et pour les spectacles. Notre ambition culturelle est d’offrir au public une nouvelle scène, et de coordonner sa programmation avec les autres salles de la région. Nous voulons redonner vie à ce lieu patrimonial.


Par Laurent Joyeux, le 11/12/2018.