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Un record du monde encore inégalé

« Depuis les grandes cathédrales gothiques, on n’a rien fait de semblable ! » C’est par ces mots qu’André Malraux a honoré la naissance du Centre des Nouvelles Industries et Technologies (CNIT), inauguré par le Général de Gaulle le 12 septembre 1958.
Soixante ans et quelques aménagements plus tard, la voûte géante autoportante en béton légèrement armé, vrai tour de force architectural et technique, reste un ouvrage emblématique au cœur de l’esplanade de la Défense, près de Paris… et n’a rien perdu de sa superbe !
Avec une portée de 225 mètres et une surface de 22 500 m2, elle détient toujours un record du monde, celui de la plus grande surface portée par point d’appui : 7 500 m2. La double coque nervurée formant une grande voile triangulaire de béton ne repose en effet que sur trois culées de béton reliées par des tirants d’acier… Quant à ses composantes, les coques supérieure et inférieure, elles ne mesurent que 6,5 cm d’épaisseur chacune !

Une ingénierie signée Esquillan

Cet audacieux chef-d’œuvre du génie civil, on le doit en grande partie à l’ingénieur Nicolas Esquillan, concepteur de la structure aux côtés des architectes Mailly, Camelot, et Zehrfuss – tous trois Grand Prix de Rome.
Au moment où il s’attèle au calcul structurel du CNIT, ce “Gadzart” (promotion 1922 de l’École nationale des arts et métiers), futur maître d’œuvre du pont suspendu de Tancarville (1975), n’en est pas à son premier coup d’essai : il a déjà conçu de nombreux ouvrages en béton, comme le pont de la Roche-Guyon (1934), la halle du marché de Fontainebleau (1941) (1) ou encore le hangar de l’aéroport de Marignane (1951), qui constituent autant d’exploits techniques.

Déjà plusieurs vies…

Au cours de son histoire, la voûte iconique du CNIT, conçue à l’origine pour célébrer l’industrie à travers de grandes expositions, a connu deux aménagements principaux.
En 1988, le volume intérieur est vidé, puis aménagé pour accueillir un hôtel de luxe, des bureaux, une zone commerciale et un centre de congrès en sous-sol. Vingt ans plus tard, de nouvelles surfaces intérieures et de nouveaux accès sont créés. Les abords du bâtiment sont dégagés, laissant réapparaître les trois points d’appui qui avaient été masqués par la construction de la dalle de la Défense. À cette occasion, la voûte est rénovée pour retrouver sa blancheur initiale.

… et un avenir assuré

Aujourd’hui, l’édifice prend une part active au projet du Grand Paris, puisqu’il accueillera en sous-sol une gare de la ligne E du RER.
Le plafond de cette vaste station souterraine (110 mètres de long, 33 mètres de large et 15 mètres de haut), située à 35 mètres de profondeur sous le CNIT, sera constitué d’une dalle en béton armé hors norme, conçue pour porter les 75 000 tonnes de l’ensemble bâti abrité par le CNIT ! Cette cathédrale enterrée répondra alors comme en écho à la cathédrale de béton célébrée par Malraux.

(1) Malheureusement démolie en 2013, après le rejet de son classement aux Monuments historiques.

 

 


Par Olivier Baumann, le 02/10/2018.