Quelle est votre formation ?

Je viens du monde de la 3D et je réalise des films d’animation. Mon film Madagascar a été nominé aux Oscars en 2011, et je travaille régulièrement pour la chaîne Arte. Avec quelques amis, nous avons créé l’association Art Brutal pour fédérer divers artistes et expérimenter des matériaux. Ses ateliers éphémères rassemblent des groupes de 4 à 200 personnes.

Comment l’idée des sculptures en béton vous est-elle venue ?

J’ai voulu créer des sculptures animalières dans une sorte de béton très fin, enrichi de résine et de fibres. Je me suis inspiré des pepakura japonais, une technique de sculpture en papier assemblé/collé.
Autrefois, il fallait de savants calculs pour établir les patrons et les mettre en volume. Aujourd’hui, on passe par un logiciel. Mais l’assemblage et, surtout, la recette “maison” pour transformer la matrice papier en moule résistant n’ont pas été simples.
Dès la première pièce, une tête d’ours, j’ai aimé la délicatesse du béton, si fin qu’il fige les plis du papier, et laisse un petit voile de béton en surface. Dans la foulée, j’ai créé une vanité, un crâne humain, avec l’aide de l’artiste Julie Nobelen.

Pourquoi ces sculptures représentent-elles des crânes d’animaux ?

Les ateliers de Sèvres m’avaient invité, avec mes complices plasticiens Valentin Béchade et Antoine Delach, à présenter des œuvres sur le thème de l’Archéologie du futur.
Transevolution était une exposition ludique dans un esprit de découverte et d’expérimentation, pas une exposition d’art contemporain. Nous avons réalisé en béton les fossiles que pourraient retrouver les archéologues de demain.
Parmi les animaux que nous avons représentés, l’alligator, l’hippopotame et le tigre n’ont pas été choisis au hasard. L’alligator est un fossile vivant. L’hippopotame fossilisé que nous avons représenté a été retrouvé sur une île grecque ; l’espèce s’était miniaturisée pour s’adapter. Et le tigre est en voie de disparition, victime de ses pouvoirs supposés dans la pharmacopée.

Comment la fabrication des pièces s’est-elle déroulée ?

C’était hyper excitant ! Le moment du coulage était plutôt stressant car nous avions passé un mois à assembler le moule en papier et, lors des premiers tests, celui de la tête d’ours, calé dans un seau avec des gravats, était sorti un peu cabossé. En versant le mélange, j’étais sûr qu’il allait manquer 10 litres, et pourtant nous avions la quantité exacte, à la goutte près, grâce aux calculs du logiciel.

Quels sont vos projets ?

Outre les films, je voudrais réaliser d’autres sculptures ainsi que du mobilier en béton avec cette technique qui joue avec les faces planes et les arêtes. Mais je recherche un atelier dédié car c’est un art “encombrant”. La tête d’hippopotame pèse 50 kg à elle seule !

 


Par Laurent Joyeux, le 02/05/2018.