Quels ont été vos premiers travaux ?

Pendant mes études à la fac d’arts plastiques de Rennes, j’utilisais des motifs très abstraits, géométriques. Peu à peu, le végétal s’est imposé, puis la pratique du dessin au sol. Le motif s’est déployé en rond, selon la forme du mandala(1) ou des kholams indiens qui sont peints sur le seuil des maisons avec de la poudre de riz pour inviter les dieux à entrer. C’est un processus proche de la méditation. Je travaille toujours sans plan et dois rester concentré sur mon geste.
Pour ma première résidence d’artiste, en Finlande, une université m’a donné carte blanche. Au milieu des étudiants, j’ai utilisé le quadrillage du sol en pavés de béton pour créer un motif répétitif.

Comment vous qualifieriez-vous ?

Je me sens “artiste urbain”. Rennes est mon terrain de jeu. J’y vis et j’y travaille. J’aime me perdre dans la ville à la recherche de lieux abandonnés, d’architectures industrielles où le végétal reprend ses droits. Avant de commencer à peindre, je m’imprègne de ces endroits dépourvus d’ornements, qui permettent d’expérimenter de très grands formats.
Quand je peins dans la rue, c’est un moment d’échange avec les gens du quartier, qui préfèrent mes mandalas aux graffs souvent vécus comme une forme de dégradation. Je n’ai jamais eu de soucis avec les forces de l’ordre.

Quelle est votre philosophie ?

Quel que soit le support – béton, papier, bois ou bitume -, j’aime travailler sur l’existant. Laisser la surface brute apparente. Si le béton est blanc, je peindrai en noir, et inversement. Le motif apparaît par un effet d’ombre. J’aime l’idée que mon travail ne s’impose pas aux autres. Par exemple, le festival “Maintenant” de Rennes m’a confié le toit de la Sécurité sociale pour réaliser une fresque de plus de 1100 m2. Elle n’est visible que depuis les étages élevés de la bibliothèque municipale voisine.
Par ailleurs, l’éphémère ne me dérange pas. Il participe de l’art urbain, et je garde l’empreinte photo de mes œuvres. Certains lieux abandonnés sont condamnés, murés, juste après mon passage, comme cette porte que j’ai peinte sur un mur de béton, rue Saint-Jacques, à Rennes. D’autres fresques sont recouvertes…

Comment évolue votre travail ?

La reconnaissance de mon travail par le milieu artistique me permet d’en vivre. On me propose de participer à des résidences d’artistes. L’été dernier, dans le cadre des “Échappées d’Art”, la ville d’Angers m’a confié les huit colonnes monumentales en béton qui structurent un passage public pour réaliser une fresque. Ce sont les vestiges d’un bâtiment disparu. J’ai créé un motif rappelant les colonnes corinthiennes.
À Annecy, on m’a sollicité pour une fresque murale en intérieur. Les mairies, les festivals font des appels à projets culturels, et l’art urbain est bien accueilli : il s’exprime en milieu ouvert et intègre naturellement le public.

Quels sont vos projets ?

Je rêve à présent de travailler sur de très grandes surfaces verticales, sur des façades d’immeubles en béton qui nécessitent du recul et permettent un motif très détaillé. Il s’agirait d’adapter mes œuvres sur papier découpé en réalisant une empreinte : les strates de motifs, moulées, seraient révélées par l’ombre et la lumière.

 

(1) Mandala est un terme sanskrit signifiant “cercle”, et par extension, “sphère, environnement, communauté”. Dans le bouddhisme, il est surtout utilisé pour la méditation.

 


Par Laurent Joyeux, le 03/04/2018.