Quelle est votre formation artistique ?

Guillaume Castel : Une formation de maraîcher bio ! Un métier que je n’ai jamais exercé. A la fin de mes études, je me suis enfermé dans mon atelier-garage de Rennes et je me suis mis à bricoler, à faire des essais, des expérimentations. Au bout d’un an, j’ai ouvert les portes de mon atelier. Ça a permis à mon entourage de voir ce que je fabriquais, et à moi de mettre un mot sur ce que je faisais. J’aurais pu devenir designer ou artisan d’art, c’est la sculpture qui s’est imposée.
J’utilise le béton, mais aussi l’acier et le bois. Selon les pièces, je me balade entre ces matériaux. Pendant un premier cycle de dix ans, j’ai enchaîné les expositions au gré de mes intuitions. Mais depuis un nouveau cycle de dix ans, je me suis vraiment posé comme sculpteur, avec une réflexion en profondeur sur mon travail. Je reçois des commandes publiques régulières dans le cadre du 1 %, et je flirte avec les lieux de culture « officiels ».

Pourquoi l’une de vos sculptures prend-elle la forme d’une graine ?

G. C. : La nature est un beau terrain de jeu. J’ai fait des recherches autour des formes des plantes : pétales, algues, germination… Je voulais approcher l’essence même de la nature. Un travail très organique, où la graine s’est imposée comme une évidence.
Grain Grain est une interprétation libre qui évoque l’anis étoilé et la graine de caroube. Cette graine imaginaire a suscité beaucoup d’intérêt. À l’origine, c’était une petite sculpture en papier mâché. Elle a beaucoup grandi quand j’ai été contacté par le musée hollandais Beelden aan Zee, qui organise tous les ans une exposition de sculptures monumentales. Grain Grain est aujourd’hui en béton, mesure presque trois mètres d’envergure, pèse deux tonnes et se déplace en convoi exceptionnel ! Après les dunes des Pays-Bas, elle a été exposée aux Archives nationales, dans la cour d’honneur de l’hôtel de Soubise, et aux Tuileries, pendant l’exposition Jardins, Jardin.

Et votre apprentissage du béton ?

G. C. : Mes premières pièces sont nées en 2004 : des assemblages de béton et de bois… de petits objets pleins et lourds. La technique est devenue plus complexe lorsque j’ai commencé à ferrailler le béton de base, puis le béton fibré et hydrofuge. Je l’applique par couches successives, avec une finition à la taloche.
C’est un matériau facile, une fois qu’on a compris les règles. Un compagnon maçon, spécialisé dans la restauration du patrimoine, m’a appris à doser les mélanges et les retardateurs pour le durcissement. Mes sculptures nécessitent un béton très sec et très souple ; j’utilise du latex qui le rend plus onctueux.
Grain Grain est creuse. J’ai réalisé une structure de 500 kg en acier, parfaitement équerrée, car la sculpture n’a qu’un point de levage et il fallait absolument éviter toute flexibilité sous peine de casse. Elle voyage très bien. Quelques microfissures, que je suis seul à voir, ont été corrigées par une injection de lait de ciment.

D’autres expériences du béton ?

G. C. : Oui deux séries, Nodules et Coc d’O. Il s’agit de coquilles en béton. Elles sont grises à l’extérieur et peintes de couleurs vives à l’intérieur. Coc d’O a débuté par cinq pièces présentées dans une chapelle ; j’ai complété la série par une vingtaine de coquilles, de 40 cm à 1,80 m de hauteur. Elles sont installées dans le parc départemental de la Roche-Jagu. J’ai commencé par le Land Art, mais je suis vite rentré travailler à l’atelier avant de relâcher mes sculptures dans la nature.

Des projets ?

G. C. : J’expose régulièrement en Bretagne, à Locquirec, et avec la pop-up galerie Ariane C-Y, qui organise des évènements parisiens. Sinon Grain Grain continue sa route. Elle vient d’embarquer, et vogue sur l’Atlantique pour entrer dans une collection privée aux États-Unis…

 


Par Laurent Joyeux, le 08/04/2019.