Révéler l’énergie sacrée de l’homme

C’est dans les Dolomites, où la tradition du travail du bois se perpétue depuis le XVIe siècle, que le Milanais Davide Galbiati s’est formé à la sculpture. Pendant quatre ans, dans une école d’Ortisei dans le Val Gardena, il a appris la construction du corps humain, affiné sa technique dans plusieurs ateliers et étudié les grands maîtres sans banaliser ni caricaturer leurs concepts. Parmi eux, Medardo Rosso, sculpteur impressionniste de la fin du XIXe siècle qui recouvrait ses sculptures de cire, Giacomo Manzù, grand modeleur contemporain disparu en 1991, et d’autres, plus connus, Henry Moore et Alberto Giacometti (le “dessinateur” que le sculpteur).
Mais c’est en lui-même que Davide Galbiati a trouvé la grammaire de son œuvre : le désir de révéler l’énergie sacrée présente en chaque être. Ses personnages, ornés de coiffes, de cornes ou d’auréoles sont pétris de toutes les époques, cultures, religions et légendes pour mieux nous faire perdre nos références. « J’aime créer un pont de conversation entre le visiteur et ma sculpture, dit-il. Après l’acte de création, l’œuvre vit toute seule. »

Le béton, “un sanctuaire qu’on peut charger”

Un concours de sculpture à Milan, en 2007, lui fait découvrir le béton qui le séduit par sa texture, par la gestuelle du modelage. Il y retrouve la fraîcheur de l’argile. Depuis, il continue d’explorer ses possibilités. Davide Galbiati aime par-dessus-tout la neutralité du béton.
« C’est tout l’opposé du bois qui est un matériau très vivant. Le béton est en attente d’une âme, c’est un sanctuaire qu’on peut charger. Il suit la volonté de l’artiste. » Un apprentissage riche de surprises.
« Découvrir un nouveau matériau supposait de nouvelles contraintes et des expérimentations. Fallait-il une armature ou pas ? Comment régler la question du poids des œuvres, qui doivent être manipulées par les galeristes et par les clients ? Mes erreurs m’ont fait évoluer », explique Davide Galbiati qui aime aussi les surfaces lisses et les porosités aléatoires des surfaces de béton.

Creux perdu et modelage direct

Selon les pièces, il utilise deux techniques : le creux perdu et le modelage direct. La première consiste à modeler en argile les éléments de la sculpture afin de réaliser un moule en plâtre. L’argile retirée, le béton est estampé dans le moule. Une fois qu’il a durci, la gangue de plâtre est brisée pour libérer la sculpture.
Le modelage direct nécessite une armature de fer à béton et de grillage qui dessine les traits osseux, la mâchoire ou les pommettes de l’œuvre. L’artiste applique couche après couche un béton collant, épaissi. Pour préserver l’humidité entre deux séances de travail, la sculpture de béton est conservée à l’étouffée dans plusieurs épaisseurs de plastique et dans une chambre étanche.

Contemporanéité et exigence du béton

Les collectionneurs sont intrigués par ces sculptures de béton dont ils n’identifient pas immédiatement la nature, cachée par des patines bleues ou noires.
Par rapport à la noblesse du bois et au luxe séduisant du bronze, le choix du béton est une démarche plus contemporaine. Matériau humble, il est aussi un révélateur impitoyable des faiblesses de construction.
Le travail du béton exige la forme juste et la bonne tension : « Je suis très exigeant. Si je n’arrive pas à atteindre le bon équilibre d’une œuvre, je peux la briser pour la recommencer, même si j’ai travaillé dessus très longtemps. »
Le format des œuvres va de quelques centimètres à 2,20 mètres. 98 % des pièces sont uniques, quelques tirages ont été réalisés pour des sociétés, selon les règles : huit pièces numérotées en chiffres arabes et quatre épreuves d’artiste numérotées en chiffres romains.

Une quête technique

Pour Davide Galbiati, il reste bien des études à mener, sur la protection des sculptures exposées en plein air ou sur les possibilités subaquatiques du béton, mais la question du poids des œuvres est centrale.
« La composition de mon béton doit être plus légère si je veux arriver à des sculptures de taille humaine. J’expérimente une nouvelle composition où des billes de verre remplacent le sable. En plus de faciliter la manipulation, cela permettrait de les faire jouer dans l’espace et d’exprimer des architectures anatomiques plus légères. »

 

 

 


Par Laurent Joyeux, le 02/01/2019.