Construite entre le XIe et le XVIe siècle, la cathédrale Saint-Maurice d’Angers se dresse sur les hauteurs de la ville. Mainte fois remaniée, sa nef romane ouvre sur un transept et un chœur gothiques. Merveille du XIIe siècle, le portail est orné de sculptures qui représentent – encadrant le Christ en majesté – les rois et reines de l’ancien Testament, les apôtres, les Vieillards de l’Apocalypse et des anges. Construite au XIIIe siècle et détruite en 1807, une galerie a longtemps protégé cet ensemble polychrome qui conserve encore 70 % de ses couleurs d’origine. Dès 1823, un rapport préconisait la reconstruction d’un porche pour l’abriter, mais il aura fallu attendre le XXIe siècle pour qu’une structure contemporaine assure la protection de ce site patrimonial contre les rayons du soleil, le vent et les intempéries.
Un concours international
En 2019, la DRAC des Pays de la Loire lance un concours d’architecture pour la construction d’une nouvelle galerie. Pour le ministère de la Culture, elle doit s’inscrire dans le présent sans effacer ce qui l’a précédé. Cinq architectes de renommée internationale concourent et remettent anonymement leur projet. C’est celui de l’architecte japonais Kengo Kuma qui est retenu pour son écriture contemporaine maîtrisée, la plus minimaliste possible, qui ne concurrence pas l’existant. Pour lui : « Angers est une ville à l’histoire très riche. Avec cette galerie nous avons souhaité créer une connexion avec son passé. Cela ne pouvait se faire qu’en s’inspirant des émotions suscitées par la cathédrale : la chaleur de sa matière, la douceur de sa lumière. » Grande figure de l’architecture contemporaine, Kengo Kuma a à son actif le stade olympique de Tokyo (2020), le musée Hans Christian Andersen à Odense (2022) ou encore le musée Albert‑Kahn à Boulogne‑Billancourt (2022).
Un cahier des charges exigeant
Parmi les contraintes du cahier des charges, l’obligation de concevoir une structure autonome dont les ancrages ne doivent pas toucher la cathédrale et celle de respecter les vestiges archéologiques enfouis. Kengo Kuma conçoit cette galerie de 160 m2 – longue de 21 m, large de 7 m, haute de 11 m – comme un passage entre l’espace urbain et le sanctuaire, entre le profane et le sacré. Cinq grandes portes, dont deux latérales, offrent à la cathédrale une nouvelle ouverture sur la ville. Les trois ouvertures de façade évoquent la Sainte Trinité. Selon la grammaire théologique des bâtisseurs du Moyen-Age, la composition repose sur le carré, symbole du monde matériel, inscrit dans un cercle, figurant le divin. Les voussures des arches, inspirées des drapés du XIIe siècle, forment une succession de bandeaux élancés au rythme cinétique. Une lumière atténuée accueille l’entrée du visiteur sous la galerie. Le portail médiéval est éclairé en douceur par de hautes appliques ovoïdes, suspendues à 4,50 m du sol.
Le choix du béton poli
Le choix des matériaux a nécessité de nombreux tests et prototypes. Le béton a été préféré au tuffeau, la pierre locale utilisée pour la cathédrale, trop poreuse. Autres atouts, la légèreté du béton, qui permettait de limiter l’impact des fondations, et son entretien plus simple. En utilisant du sable et des granulats calcaires issus du bassin de la Loire, ainsi que du ciment d’une blancheur et d’une luminance exceptionnelles, la formulation du béton a été minutieusement ajustée pour offrir un rendu proche de la pierre. La surface du matériau a été « rabotée » sur 3-4 mm pour laisser apparaître les agrégats, puis sablée pour un aspect plus mat. L’unité chromatique obtenue entre la cathédrale et la galerie est remarquable. Un BFUP, plus léger, a par ailleurs été utilisé pour la couverture de la galerie.
Un chantier très technique
Afin de préserver les vestiges archéologiques, la galerie repose sur huit micropieux reliés par des longrines. La construction repose sur un système d’éléments préfabriqués, et assemblés sur site de bas en haut : après la pose des voiles porteurs – les piédroits – hauts de 7,50 m, des berceaux de bois ont été positionnés pour recevoir les pièces composant chacune des sept archivoltes (cinq extérieures et deux intérieures), puis les voiles tympans reliant les arches ont été mis en place. La toiture est venue couronner le tout, suspendue à deux poutres en porte-à-faux prenant appui sur les arches.
Au total, 660 pièces de béton ont été préfabriquées une à une chez Jousselin Préfabrication, à quelques dizaines de kilomètres du chantier. Certaines préassemblées en usine, elles ont été transportées sur le site de la cathédrale, pour leur assemblage final par l’entreprise Albizzati Père et Fils. Une étape exigeant une extrême précision afin de donner l’impression d’un ouvrage quasi monolithique.
Pour Catherine Pégard, ministre de la Culture : « La galerie de la cathédrale devient un symbole de la volonté patrimoniale de l’État, non seulement de conserver mais aussi de faire vivre ses chefs-d’œuvre. C’est la responsabilité de chaque génération. Sa réalisation est exemplaire dans sa capacité à articuler différents enjeux : assurer la préservation du portail, préserver le patrimoine archéologique du sous-sol, mais aussi s’inscrire dans le présent sans effacer ce qui l’a précédé. » Aujourd’hui les fragiles sculptures du portail n’ont plus à craindre les intempéries, et le patrimoine angevin est préservé pour longtemps.