
Vous avez grandi en Aveyron et vous y exercez toujours. En quoi ce territoire a-t-il forgé votre vision de l’architecture ?
J’ai passé toute mon enfance dans une ferme, mon père était agriculteur. Ce rapport à la matière, au territoire, au soin des choses simples m’a profondément marqué. Pour moi, un architecte répond d’abord à un besoin fonctionnel, pérenne, tout en faisant la synthèse entre le site, l’histoire du bâtiment et les enjeux contemporains. L’architecture, la part poétique du travail, c’est presque le dernier élément de la chaîne. Ce qu’il faut réussir à faire exister malgré tout. J’ai fait mes études à Marseille, travaillé chez RCR Arquitectes, et ensuite chez CAB Architectes. Grâce à ces enseignants et à ces rencontres, j’ai découvert l’exigence que ce métier demande. Tout le reste a découlé de là.
Quelle architecture défendez-vous, et qui vous inspire ?
Une architecture épurée, peu bavarde, où la structure s’efface au profit de l’usage. Un bâtiment, ce sont des murs, une trame, et, dedans, il se passe quelque chose. C’est ça qui prime. J’ai un très grand respect pour l’œuvre de Marc Barani. Il incarne le bon matériau au bon endroit : une écriture simple, une architecture qui sait se poser dans un site sans se raconter. Le cimetière de Roquebrune-Cap-Martin, c’est un bâtiment de paysage d’une sérénité absolue, on le voit au dernier moment, et pourtant il s’impose respectueusement. C’est tout ce que j’aime.
Le béton tient une place centrale dans votre travail. Pourquoi ce matériau plutôt qu’un autre ?
Je pars toujours du site. Dans un paysage minéral, le béton y revient facilement. Pour moi, il est là d’office, comme le minéral est là d’office en Aveyron. Il ancre le projet dans le sol, dans sa topographie, il permet de travailler la masse, d’affirmer un objet dans le paysage de manière abstraite et poétique. Le bois tient également une place importante dans ma recherche. Il crée un dialogue différent, plus léger. Je le mixe souvent avec le béton pour l’asseoir, ou le mettre en exergue. Il permet la transparence en structure et, pour la pérennité en façade, l’aluminium le protège. Mais la minéralité, c’est le socle.
La crèche d’Espalion, lauréate du Trophée Béton Pro 2024, en est l’illustration parfaite ?
C’est l’idée, oui. On voulait ancrer le bâtiment dans la pente en reprenant les codes des murs de clôture et des corps de ferme de la vallée d’Olt. On a utilisé un béton de site, coulé en pisé à partir de roche calcaire extraite à quelques kilomètres, pour créer des strates horizontales qui évoquent l’architecture vernaculaire. L’intérieur, lui, est tout en bois, plus léger et transparent, un grand contraste avec l’enveloppe minérale. On n’a rien inventé, mais on a utilisé des méthodes ancestrales pour créer quelque chose de contemporain et de simple afin que chacun s’approprie le bâtiment. C’est ça que le béton permet d’unique : s’affirmer dans un paysage, tout en s’y ancrant profondément.
Quelle place pour le béton dans l’architecture des vingt prochaines années ?
Le béton n’est pas un ennemi. C’est un matériau pérenne, presque éternel, les Romains l’utilisaient déjà. Et il se réinvente : bétons bas carbone, réemploi des agrégats comme le fait Samuel Delmas, liants naturels comme la chaux de Saint-Astier… L’enjeu, c’est de l’utiliser à bon escient, comme n’importe quel matériau. Un bardage aluminium peut avoir un bilan carbone bien plus mauvais qu’un voile de béton qui, lui, sera encore là dans cent ans. Ce qui compte, c’est de construire intelligemment, en respectant le site, et de ne pas avoir peur d’une architecture marquante, pourvu qu’elle soit respectueuse de son histoire et de son territoire.
Bio express
Né en Aveyron, Olivier Rigal fonde l’Atelier Orra après des études d’architecture à Marseille. Ancré dans son territoire, il développe une pratique tournée vers la réhabilitation du patrimoine bâti et la construction de bâtiments publics — crèches, médiathèques, équipements scolaires. Parmi ses réalisations marquantes : la crèche d’Espalion en béton de site pour laquelle il obtient le Trophée béton Pro 2024, la médiathèque de Villeneuve-d’Aveyron, la station biologique de Roscoff et l’Institut de la mer à Villefranche-sur-Mer.