Vous avez livré en janvier 2025 le centre petite enfance de la ZAC Guillaumet. Quels étaient les enjeux pour la Ville de Toulouse ?
Pierre-Luc Morel : Toulouse connaît une forte croissance démographique. Cela crée une pression importante sur les équipements publics. La municipalité en a fait une priorité, mais la réalité du foncier complique les opérations. Dans la ZAC Guillaumet, quartier dense largement consacré au logement, il restait une petite parcelle. L’enjeu était donc de créer de nouvelles places d’accueil sur un terrain contraint.
Comment avez-vous répondu à cette situation ?
P.-L. M. : Le terrain était exigu. Le programme prévoyait trois unités d’accueil et un relais petite enfance. Cela imposait de construire sur quatre niveaux, ce qui constituait une première pour la Ville de Toulouse, jusqu’ici habituée à des crèches de plain-pied ou en R+1. Nous avons gagné le concours en rationalisant le projet, à la fois du point de vue constructif et fonctionnel. Nous avons proposé des niveaux identiques, ou presque, afin de laisser une souplesse d’usage, et un principe de « crèche dedans-dehors » : chaque étage dispose d’environ 110 m² de terrasse. Cela permet d’organiser des jeux, des repas ou des temps de repos dehors, dans un cadre sécurisé. Nous avons aussi dégagé une faille arrière qui permet d’éclairer et de ventiler naturellement les dortoirs.
La question du confort thermique était-elle centrale ?
P.-L. M. : Oui, forcément, dans une ville comme Toulouse, exposée aux fortes chaleurs. Le bâtiment s’inscrit dans une logique bioclimatique : ventilation naturelle, protections solaires via les terrasses, orientation maîtrisée. Nous avons aussi recours à un plancher chauffant-rafraîchissant, alimenté en partie par un réseau de chaleur urbain et compensé par des panneaux photovoltaïques en toiture.
Comment avez-vous travaillé les matériaux dans ce contexte très contraint ?
P.-L. M. : La brique était imposée par le cahier des charges de la ZAC. Mais plutôt que de reproduire une écriture traditionnelle, nous avons choisi de la détourner en utilisant un bardage en terre cuite de grande dimension. Cela permet de conserver une continuité avec l’identité toulousaine tout en donnant au bâtiment une expression plus contemporaine et plus publique. Le béton s’est imposé pour des raisons structurelles. Avec un bâtiment sur quatre niveaux, il fallait une trame poteau-poutre capable de porter et de stabiliser l’ensemble. Nous avons donc réservé le béton à ce rôle : structure, planchers, noyaux de circulation. Tout le reste est en ossature bois.
La mise en œuvre a-t-elle été complexe ?
P.-L. M. : Oui, car les matériaux restent apparents. Le moindre défaut se voit. Il a donc fallu être précis sur les plans d’exécution, les alignements, les joints et les modénatures, puis vigilant sur le chantier. La pose du béton préfabriqué demandait une rigueur, tout comme la protection des éléments déjà réalisés pendant l’intervention des autres corps d’état.
Quels retours avez-vous depuis la livraison ?
P.-L. M. : Les retours sont très positifs. Les équipes apprécient la qualité de lumière et la fonctionnalité des espaces. Le principe des terrasses apporte un vrai plus au quotidien. Ce projet montre surtout qu’il est possible de densifier sans dégrader la qualité d’accueil. C’est une piste crédible pour les villes où le foncier se raréfie.