Aux abords du métro Champ-de-Mars, la toute jeune place des Montréalaises forme un belvédère de deux hectares au-dessus de l’autoroute Ville-Marie et de la bretelle Berri. Elle se décline en divers éléments imaginés par l’agence d’architectes Lemay pour créer un lieu favorable à la nature, à la déambulation et à la mémoire : une forêt urbaine, un grand emmarchement faisant office de gradins et invitant à la contemplation, un plan incliné accueillant un pré fleuri composé de dalles de béton perforées en 86 endroits pour laisser émerger 21 espèces végétales en floraison constante, et, plus loin, une œuvre-miroir cylindrique de l’artiste Angela Silver. Une création qui, en arborant leurs noms, rend hommage à 21 femmes : sept pionnières de la ville et les 14 victimes du féminicide de l’École polytechnique, survenu le 6 décembre 1989 (voir encadré).
Une couture urbaine
Célébrant avant tout le rôle des femmes dans l’histoire de Montréal, cette place a également été pensée comme un moyen de réparer une « cicatrice urbaine ». Plus besoin d’emprunter un tunnel piétonnier sous l’autoroute : les nombreux riverains et touristes peuvent désormais traverser la place pour aller du métro Champ-de-Mars à l’Hôtel de ville en toute sécurité. Une piste cyclable s’y déploie également, reliant deux axes du Réseau express vélo. Mieux : l’organisation d’ateliers éducatifs, de séances hebdomadaires de remise en forme, de concerts… ont fait de cette place un véritable lieu de rencontre et de détente.
Une matérialité homogène et lumineuse
Lauréate du Grand prix d’excellence 2026 de l’American Concrete Institute et de son prix d’excellence dans la catégorie « béton apparent ou décoratif », la place des Montréalaises privilégie une matérialité homogène et lumineuse grâce à l’usage d’un béton au ciment blanc et pigmenté pour les éléments préfabriqués et coulés en place. Afin d’assurer une continuité chromatique, le dosage en ciment et en pigments a été strictement uniformisé entre les différentes productions, qui se sont étalées sur onze mois. Les 1 100 modules préfabriqués ont reçu une finition au jet de sable et l’application d’une barbotine de ciment afin d’obtenir une surface homogène, pratiquement exempte de pores apparents.
Des coffrages sur mesure
La géométrie complexe du projet a par ailleurs nécessité des méthodes de coffrage exigeantes. Pour la colonne ellipsoïdale qui soutient le plan incliné, le coffrage a été réalisé à l’aide de 500 blocs de polystyrène moulés sur mesure par découpe laser et CNC, pour des pièces de 3 à 5 m de largeur, de 6 à 16 m de hauteur et de 2,5 m de diamètre. Le béton, formulé avec un adjuvant stabilisateur, a permis un remplissage fluide.
Quant au plan incliné – dalle triangulaire à épaisseur variable de 900 m2, dotée d’un oculus de 3,5 m de rayon qui permet d’alléger la charge structurelle -, il a nécessité un coffrage en bois à géométrie variable sur mesure, ainsi qu’un système à double coffrage. Les 500 m3 de béton ont été coulés en une seule phase, en plein mois de novembre, sous abris chauffés, avec une finition entièrement manuelle. Un geste à la fois technique et poétique : flottant au cœur du site avec ses bouquets évoluant au fil des saisons, le pré fleuri intègre, via l’oculus, la cime d’un orme planté au niveau de la rue, sous la place des Montréalaises.