Une structure intégrée à l’environnement
Initiée par la région Bretagne en 2019, la reconstruction de la gare maritime Port-Maria, à Quiberon, visait à remplacer un bâtiment obsolète et à répondre à la très forte croissance du trafic vers les îles de Houat, Hoëdic et Belle-Île. C’est le projet de DDL qu’a choisi la collectivité, en raison de sa sobriété et de sa modularité. « Nous avons imaginé un bâtiment qui s’intègre au mieux à l’environnement maritime, ouvert sur la mer et les bateaux, adaptable à l’évolution du trafic et le plus discret possible tout en étant résistant aux éléments », explique Yoann Le Corvec, associé fondateur de l’agence d’architecture lorientaise. Abritant un hall voyageur et une zone de fret – séparés par des bureaux, une partie technique et des sanitaires –, le bâtiment de plain-pied, ceinturé par un auvent, semble effectivement flotter sur son éperon avancé face à la mer.
Impression de légèreté
« Pour résister dans le temps aux embruns et au climat océanique, mais aussi pour réaliser une structure ouverte avec de vastes espaces libres – fermés sur l’extérieur par des façades vitrées –, nous avons fait le choix du béton », poursuit l’architecte. Un choix compris et partagé par la Région, constructeur et propriétaire de la gare.
Constitué de poteaux de 5,80 m de haut pour 30 cm de section carrée, le squelette en béton clair repose sur des pieux forés jusqu’à 20 m de profondeur. La dalle, elle aussi en béton brut, d’une surface de près de 3 000 m², a fait l’objet d’une mise en œuvre particulière, afin d’être la plus homogène possible : six tranches seulement ont permis de limiter les reprises de bétonnage, et les joints ont été dissimulés, par exemple dans l’épaisseur des murs. Un plancher champignon* de 40 cm d’épaisseur, étanche et isolé, finit de recouvrir le bâtiment et l’auvent protecteur. « L’impression de légèreté de l’ensemble a été rendue possible par la réduction de l’épaisseur du plafond et de la taille des poteaux », souligne Yoann Le Corvec.
Un projet phare multi-récompensé
Des poteaux à la dalle en passant par les pieux, des bétons spécifiques ont été utilisés pour résister aux efforts de retrait, de température, de vent, mais aussi aux risques de corrosion. « Nous avons réalisé des échantillonnages de béton, en testant des sables et granulats locaux, afin d’obtenir la teinte la plus claire possible sans utiliser de ciment blanc ou teinté », précise Yoann Le Corvec. Les poteaux extérieurs ont seulement fait l’objet d’un traitement hydrofuge et anti-graffiti pour garantir leur durabilité.
Parfaitement intégrée au paysage et presque invisible avec sa grande transparence, la nouvelle gare, inaugurée en 2023, offre aujourd’hui un espace ouvert et accueillant aux voyageurs, dont le nombre a doublé en quelques années. « Cette architecture horizontale tramée, simple en apparence mais complexe dans sa réalisation, est un projet phare multi-récompensé, qui nous a amené d’autres projets sur lesquels nous continuons de faire appel au béton pour ses nombreuses qualités », conclut Yoann Le Corvec.
* Plancher constitué d’une dalle en béton reposant sur des poteaux évasés à leur sommet, en forme de champignons. L’enjeu est de réduire la portée de la dalle et d’éviter le poinçonnement au droit du poteau.