Pourquoi des folies en béton ?

Je suis fascinée par le sujet de la folie architecturale, ces bâtiments purement décoratifs qui ornaient les parcs des grandes demeures. Enfant, la fontaine Médicis du Jardin du Luxembourg me fascinait.
Pendant ma résidence d’artiste à la Villa Médicis, j’ai pu étudier les grottes de la Renaissance italienne, en mortier, incrustées de pouzzolane, d’agrégats et de concrétions calcaires. Je m’en suis inspirée pour mes folies de béton. L’échelle du jardin m’intéresse car même des pièces de très grande taille ne seront jamais plus grandes que la nature. L’horizon englobe l’œuvre, qui est absorbée par l’environnement et se recouvre peu à peu de poussière, de mousse, de lichen.

Tout a commencé par la grotte du Domaine de Chaumont-sur-Loire. Racontez-nous.

Je souhaitais réaliser une grotte en béton dans le parc du château de Chaumont-sur-Loire, centre d’art et de nature, où se tient chaque année le Festival international des jardins. Chantal Colleu-Dumond, sa directrice, a accepté le projet et nous avons choisi l’endroit idéal. Contrairement à la tradition des folies, je ne recherchais pas un endroit isolé avec un vaste panorama.
La grotte, Folie, est sur le parcours de visite, au bord du chemin, entourée de nature et de bois. Après avoir coulé la dalle de béton, les Ateliers artistiques du béton (AAB) m’ont aidée à la réalisation et ont installé l’armature en grillage.
J’ai fait le choix de combiner des panneaux moulés en atelier sur mes prototypes en carton, avec un dôme en béton projeté. Cette partie basse, très formelle, est d’une extrême finesse.
Le contraste avec les stalactites donne la tension juste. Les inclusions de la voûte sont en pierre naturelle, en cuivre ou en quartz. Je ne pensais pas sculpter autant et j’ai pris beaucoup de plaisir à imprimer le vocabulaire de mon geste dans le béton frais.
Aujourd’hui cette grotte vit bien. C’est un espace de retranchement qui répond à un grand besoin général de repos et de méditation. Avec son puits de lumière, elle invite à l’imaginaire.

Et la fontaine du Domaine de Trévarez, en Bretagne ?

En faisant un repérage pour une exposition qui vient de s’achever, j’ai remarqué un belvédère dans le parc du château. Deux escaliers accédaient à une petite niche vide, avec un bec d’eau à sec. Les rocailleurs du début du XXe siècle avaient transformé les carrières du château en cascades et en ruisseaux, avec des marches en béton imitant le bois.
J’ai proposé de réaliser une fontaine pérenne à cet endroit : Nymphée. Les bâtiments de France ont donné leur accord, à condition de fixer la nouvelle fontaine sur une structure en serrurerie métallique maintenue par compression. J’ai conservé le principe d’un soubassement de cinq panneaux en béton et d’une voûte sculptée dans le béton mou qu’un rocailleur m’a aidée à réaliser. Il avait le bon geste pour replacer un bloc de béton frais qui tombait.
À présent Nymphée a retrouvé la musique et la fraîcheur de l’eau qui coule.

D’autres projets en vue ?

Ces deux réalisations m’ont familiarisée avec le béton. J’ai un projet de façades pour une ville de la région parisienne. Un projet de grande envergure puisque cela concerne plus de 300 logements. Je vais créer une matrice de 3,5 m par 10 qui sera utilisée telle quelle ou partiellement par les architectes en fonction des ouvertures et des balcons. La décision technique de mouler et de déplacer ces plaques ou de les couler sur place est encore en suspens. Ce sera un chantier de plusieurs mois. D’ici là, j’espère travailler sur d’autres projets de grottes et de fontaines !

 


Par Laurent Joyeux, le 06/12/2018.