Quelle est votre formation ?

J’ai fait mes études à Angers dans les années 80 et un 3e cycle à l’École d’art de Marseille. Mon travail est une réflexion sur la sculpture. Le placement des volumes dans d’espace, les questions urbaines et architecturales me passionnent. C’est pourquoi les villes et les voyages sont aussi importants dans ma vie.

Pourquoi le béton ?

J’aime les matériaux de construction, les couleurs/matières brutes. Le béton est mon matériau de prédilection depuis les années 90. Je l’utilise pour des formes sculpturales très abstraites, brut ou teinté dans la masse comme pour les banquettes de l’abbaye de Maubuisson, l’habitat des solidarités à Évry ou l’école nationale d’architecture et de paysage de Lille. Aujourd’hui elles sont en béton fibré.

Vous abordez les questions d’espace de plusieurs manières ?

Il y a plusieurs grilles de lecture pour mon travail. Dans l’espace public, j’interroge la perception physique de l’espace.
D’une façon plus conceptuelle, je propose une relecture du Modernisme autour des formes des années 60. Ma pratique artistique est à la croisée de l’architecture, du paysage, de la sculpture et du design.

On s’assied, on s’allonge, il y a beaucoup de vie sur vos œuvres ?

J’aime la forme des cubes, les plans inclinés qui donnent une idée de banc, de lit, voire de pupitre. À Toulouse Le Mirail, les plans se chevauchent.
J’essaie de ralentir les flux urbains, d’offrir des endroits de réflexion. Mes moyens sont archaïques mais efficaces.
C’est une idée que j’ai développée pour une commande artistique de la ville de Nice, D’une place à l’autre (2010) : 32 pièces de béton, moulage monobloc, dispersées sur le site de l’université Saint-Jean-d’Angely. Toute une palette de banquettes, de lits et de pupitres : des praticables très simples qui élargissent la pratique de l’assise, invitent au repos et offrent des haltes dans la ville.
À peine installées dans les villes, le public investit ces sculptures qui peuvent devenir scène ou estrade comme le Grand plateau (2008) dans le Morbihan.

D’autres expériences ?

À Guingamp, j’ai posé dans le paysage une dizaine de cubes rouges en béton composite rouge vermillon qui donne une surface très lisse. Se sont à la fois des sculptures minimales et de tout petits sièges. Je ne travaille pas l’ergonomie, ma réflexion est sculpturale : décomposer l’objet de manière simple, faire de chacun de ses plans une direction virtuelle. Ces formes inscrites dans des cubes fonctionnent en fonction de la multiplication. Un semis aléatoire qui crée une ponctuation, multiplie les points de vue, rythme l’espace et construit de nouvelles possibilités de perception.

Vous enseignez également ?

Oui. Je suis un enseignant nomade. Mes cours sont des sessions sous forme de Workshop : des ateliers collaboratifs ou chacun participe.
Je rentre de Lille où une chorégraphe a travaillé autour de trois de mes sculptures, des tables d’architecte en béton de 3,5 mètres qui pèsent 4 tonnes. Elles servaient de scène et évoquaient l’espace d’une rue entre des bâtiments.16 étudiants interprétaient des scénettes de quelques minutes. Les gens de scène s’approprient très vite mes plans inclinés.
Pendant mes vernissages, j’invite souvent des comédiens, des musiciens ou des chorégraphes contemporains à faire une performance autour de mes sculptures. Ça ouvre des potentiels multiples. Ma sculpture fait socle et, sur elle, l’homme devient l’œuvre.

Des projets ?

Je travaille sur un projet de porte monumentale en béton pour la région parisienne. Haute de six mètres, la sculpture, conçue pour encadrer une avenue, créerait un couloir d’air pour accélérer la sensation d’air sur la peau…
Quand on sculpte, la question de la relativité de l’espace et du temps se posent ensemble. J’y ajoute quelque chose de l’ordre du milieu, de l’immersion dans le monde, mon espace n’est ni géométrique, ni cartésien.

 


Par Laurent Joyeux, le 03/07/2019.