Convictions et engagement

Iván Argote est issu d’une famille militante qui a vécu de près, et parfois dans la clandestinité, les révolutions colombiennes des années 70 et 80. Protestation, désobéissance civile et résistance sont les moteurs de son travail. Pour lui, « il y a de la politique dans tout ce que l’on fait. La politique c’est le rapport qu’on a au groupe ».
Lorsqu’il atterrit à Paris en 2006 pour entrer aux Beaux-Arts, il ne parle pas un mot de français. Le tout jeune artiste colombien de 23 ans, formé à l’Université nationale de dessin graphique de Bogotá, va découvrir tout à la fois son premier hiver froid et une très grande solitude. Il vit malgré tout cette expérience comme une renaissance qui l’amuse beaucoup… Politique, humour, tendresse et poésie, le ton est donné !

Minimalisme et gigantisme

Iván Argote pratique une sorte de gymnastique permanente, passant de performances minimalistes à des œuvres sculptées parfois monumentales : « Je ne suis pas un théoricien, j’ai des intuitions. J’aime tester la réaction des conventions aux gestes insolites. »
À partir de situations absurdes ou inquiétantes, il tente de générer du sens. Il peut s’agir d’apprendre aux enfants de Barcelone, de Vitry ou de Théssalonique à manifester (Activissime, en cours depuis 2011), ou de pratiquer “l’anti-manche” dans le métro en offrant des pièces de monnaie aux voyageurs (I just want to give you Money, 2007).

Faire parler le béton

Dans son œuvre sculptée, béton et ciment lui offrent une grande liberté de surface et de formes, parfois colossales. Strengthlessness, par exemple, est un obélisque de béton un peu particulier, réalisé en 2014 sur une âme de bois. Avec ses 9,12 m de long sur 3,79 m de haut et 1,80 m de large, c’est un défi technique qui a été exposé à New York et à Paris.
Imposante également, l’installation au sol “About a place” : une série de dalles en béton rose gravées de mots qui composent des poèmes et mènent à la réflexion.
« Ce projet de dalles est né d’une installation réalisée à Douala au Cameroun (Oui ma vie, 2017). J’y avais recouvert les caniveaux avec des mots d’amour qui parlaient de force, de dignité. »
Peint, moulé, gravé, tagué, le texte court sur ses œuvres, souvent présentées comme des pièces d’architecture. Les imposants segments d’arc de “Todos somos junto”, exposés en 2017 au Musée du Chopo de Mexico, portent des messages, tout comme les couches de béton superposées de la récente série “Skin” (en cours depuis 2018). Celles-ci évoquent des façades d’immeubles en ruine, recouvertes de phrases cachées ou révélées les unes par les autres : « J’aime faire allusion à la manière dont on construit nos idées par strates. »

La rencontre de l’artiste et du galeriste

Depuis 2009, Iván Argote vit une belle histoire avec la galerie d’art contemporain Perrotin, fondée en 1990 par Emmanuel Perrotin dans le Marais et aujourd’hui implantée tout autour du monde avec des artistes comme Soulages, Murakami, Othoniel et JR. Cela lui a permis d’intégrer la scène culturelle internationale avec des pièces exposées au Palais de Tokyo comme La Estrategia (2012). Ce mur de ciment tagué qui évoque la résistance aux hégémonismes a été récompensé par le Prix Sam Art Projects*.

 

* Le Prix Sam Art Projects met en lumière de jeunes artistes issus de pays situés hors des grands centres du marché de l’art international.

 


Par Laurent Joyeux, le 15/11/2018.