Thomas de Lussac fait partie des rares designers autodidactes. Il a construit les bases de son style auprès d’une mère architecte d’intérieur et, pendant ses études aux États-Unis, en étudiant les objets des années 30 à 60 et en s’intéressant aux grands maîtres du design comme Raymond Loewy.
Le succès de son agence tient à la façon dont il aborde son sujet. Qu’il travaille sur un projet d’automobile, de joaillerie ou une ligne de carreaux de ciment, c’est toujours avec une approche innovante et décalée.

Thomas, vous avez sauté la case “école de design” ?

En effet, de retour en France, j’ai créé ma première collection. C’était un service de porcelaine. Une décoratrice reportait mes motifs sur de la porcelaine blanche. Le premier jour d’exposition, je prie une cliente de ne pas toucher les pièces… c’était Catherine Deneuve. Elle a acheté le service : la chance des débutants !

Comment votre collection de carreaux de ciment est-elle née ?

J’avais besoin de carreaux de ciment pour un projet d’architecture d’intérieur. Je suis allé chez Charme & Parquet, et nous avons décidé de créer une nouvelle collection. J’ai dessiné quelques esquisses à la main, puis réalisé les fichiers 3D des lignes « Square », « Galaxie », « Pyramide » et « Ondes ».
Des motifs géométriques contemporains, déclinés dans une gamme gris-noir-bleu et le dégradé de ces trois tons.
Cette collection est éditée depuis un an avec de bons retours. Les carreaux sont moulés à l’ancienne. Ils font deux centimètres d’épaisseur et sont fabriqués avec des ciments de qualité supérieure. Comprimés à haute pression, ils sont prêts à défier le temps, d’autant que leur résistance se renforce au fil des lavages.

Comment fonctionne votre agence ?

Je monte des équipes en fonction des projets. Elles regroupent jusqu’à une dizaine de personnes. Cela permet d’avoir une grande flexibilité pour répondre à tous les domaines, et de constituer un vivier de spécialistes.
Notre démarche est de type Design Thinking. C’est-à-dire que nous développons une approche de concepteurs, qui implique également l’utilisateur final, le consommateur. Nous réunissons dessinateurs, artisans, ingénieurs… et recherchons toujours l’approche innovante.
Pour certains projets internationaux, nous faisons aussi appel à des experts : prototypeurs, designers automobiles intérieur et extérieur, experts en communication, identité et stratégie… C’est ainsi qu’est née une cuisine pour le marché russe, et que nous travaillons au lancement d’un SUV premium pour les pays arabes et africains. Notre challenge en cours est la création d’une marque pour Shaji, une région chinoise spécialisée dans la fabrication de mobilier.

Vous êtes toujours en recherche, en quelque sorte ?

Je crée beaucoup hors du bureau, je suis plus libre pour penser à autre chose. Je m’envoie des sms et des mails quand j’ai trouvé la bonne idée, et je garde l’œil toujours ouvert ! J’ai beaucoup de projets sous le coude, mais il faut repérer ceux qui contiennent assez de force en eux-mêmes. La vraie création demande du fond, du sens, car le design est un univers fluctuant et l’esthétisme un domaine aléatoire et subjectif…

 

 


Par Laurent Joyeux, le 20/05/2019.