Une ville plus dense et plus durable

Au lieu de s’étendre, la ville va se densifier, se reconstruire sur elle-même. Une tendance forte en phase avec la conférence World Efficiency, dont les participants veulent faire émerger des solutions combinant faible empreinte carbone et usage optimisé des ressources.
Durant l’atelier “Reconstruire la ville sur la ville”, des architectes, ainsi que des spécialistes des émissions de gaz à effet de serre (GES) et de la filière béton ont partagé leurs points de vue sur la réhabilitation comme levier de progrès.

 

De la prison à l’espace ouvert sur la vi(ll)e

Mais densifier la ville signifie aussi la renouveler, et y favoriser une plus grande mixité urbaine et sociale, comme le montre l’opération menée à Lyon par l’architecte Thierry Roche.
L’Atelier Roche & Associés s’est vu confier la coordination de la réhabilitation et du réaménagement de deux lieux mitoyens, situés au bord du Rhône et particulièrement chargés d’Histoire puisqu’il s’agissait de deux prisons. La première, Saint-Joseph, date de 1831 et marque un moment néoclassique, « entre forum romain et cloître monastique », précise Thierry Roche.
La seconde, Saint-Paul, a été construite vingt-neuf ans plus tard et consacre le triomphe d’un plan panoptique, avec ses six corps de bâtiment ancrés à un noyau central.
Le projet, mené à bien de 2010 à 2015, a permis de reconvertir la prison Saint-Paul en locaux de l’Université catholique de Lyon. La prison Saint-Joseph a subi une mutation encore plus complexe puisqu’elle abrite désormais des logements, une résidence pour étudiants, une autre pour personnes âgées nécessitant des soins, mais aussi des bureaux, des commerces, ainsi que deux structures et leurs équipes (la Fondation Habitat et Humanisme, et le Laboratoire de l’économie sociale et solidaire).

 

Le béton, adaptable et résistant

« Nous avons opté pour une requalification qui reflète la diversité de la ville, explique Thierry Roche. Nous avons gardé 40 % de l’existant. Si nous l’avions détruit, il aurait été plus difficile d’avoir une aussi forte densité acceptée. » Les deux bâtiments, auparavant fermés et séparés, communiquent et s’ouvrent désormais sur la ville.
Le béton a été l’un des acteurs du succès, précise Thierry Roche : « Il a été très utile car les constructions avaient besoin de renforts de masse, notamment les salles et les amphithéâtres de l’espace alloué à l’Université, afin de respecter les normes. C’est aussi un matériau qui peut s’adapter à de très lourdes contraintes, tout en offrant une forte capacité structurelle qui évite le recours à des poutres importantes. »

La seconde vie pour limiter les GES

Philippe Osset, spécialiste de l’analyse du cycle de vie (ACV) et président de Solinnen, souligne l’intérêt de ces opérations de réhabilitation-reconversion à grande échelle : « Donner une seconde vie au parc existant, c’est réduire ipso facto les émissions annuelles de GES du secteur de la construction. Cela permet de continuer à amortir l’investissement réalisé initialement. »
Une dimension dont on sera de plus en plus conscient avec l’amélioration continue des méthodes de calcul d’impact. « Mieux nous réussirons à quantifier le bénéfice environnemental, mieux nous pourrons justifier le surcoût lié aux dispositifs et aux méthodes visant à réduire l’empreinte carbone lors des opérations de réhabilitation », précise Philippe Osset.

 


Par Gilmar S. Martins, le 02/02/2018.