Trois programmes sous un même toit

À Lingolsheim, au sud-ouest de Strasbourg (67), un écoquartier a progressivement émergé de terre, sur l’ancienne friche industrielle des Tanneries. Sur l’une de ses parcelles, aussi longue qu’étroite (250 m x 50 m) et bordée par une voie ferrée, il accueille depuis un an trois programmes sous un même toit : le groupe scolaire Simone Veil, le gymnase Colette Besson, ainsi qu’un institut médico-éducatif. Parmi les attentes de la Ville sur ce projet, certaines étaient impérieuses : créer un cœur de quartier, réaliser les études et la construction en trois ans (2014-2017) et, conformément au projet municipal École 2020, mettre à la disposition des enfants une école moderne, parée pour la pédagogie de demain.

Un bâtiment-paysage, structurant et protecteur

Associées pour l’occasion, les agences d’architecture Richter et Aubry Lieutier signent ensemble le plan-masse avant de se partager les opérations. Malgré une implantation périphérique, le nouvel édifice joue un rôle fédérateur et structurant à l’échelle du quartier.
En réunissant trois programmes derrière une façade unifiée, le bâtiment-paysage libère des espaces publics très appréciés des riverains.
Le front bâti s’adosse à la voie ferrée, protégeant ainsi le quartier des nuisances sonores tout en apaisant le plan-masse par une grande sobriété de moyens.
Grâce à un travail sur le vide, les architectes dégagent un square paysager pour les habitants, créent une rue sécurisée pour les enfants. Au sein de l’emprise, la présence des cours et des patios engendre un environnement à la fois ouvert et contenu.

Architecture contextuelle, harmonie de matières

Pour inscrire le programme dans son contexte urbain, les architectes déclinent le vocabulaire ferroviaire avec une économie de formes : « Un auvent de la cour d’école a été dessiné comme un quai de gare, les circulations intérieures ont été imaginées comme des galeries cadrant sur les rails, et la distribution des vestiaires du gymnase a été pensée comme un wagon de train rapide avec son long vitrage filant », explique Jan Richter.
Le caractère “robuste” et durable attendu par le maître d’ouvrage s’est transformé en une quête de permanence grâce à un choix minimaliste de matériaux et de teintes : prémurs en béton brut à l’extérieur et à l’intérieur, auxquels s’ajoute la chaleur rassurante du bois à l’intérieur.
Le tout est dénué d’artifices – un fait assez rare dans les groupes scolaires, où les architectes se sentent souvent obligés d’imposer un décor ludique et pédagogique -, mais l’organisation spatiale est ponctuée de perspectives visuelles qui favorisent les liaisons et les rapports avec le monde extérieur tout en créant des espaces agréables, fonctionnels et naturellement éclairés… L’ensemble sert le fonctionnement global et génère un sentiment d’harmonie et de paix bienvenues dans ce type de programme.

« Les enfants se sont pleinement approprié ces espaces »

https://bybeton.fr/wp-content/uploads/2018/09/yves-bur-e1537281457431.jpg« Ce projet a gagné le concours grâce à sa cohérence. Outre le fait qu’il réponde aux exigences BBC, il imbrique sous un même toit différents programmes, et notamment un institut médico-éducatif car il nous semblait important que les enfants handicapés aillent à l’école comme les autres.
Une belle interaction s’est déjà développée en quelques mois grâce à l’unité de lieu créée par l’architecture. Le choix du béton donne vie aux façades, tout en garantissant la pérennité attendue. L’association avec le bois à l’intérieur crée une ambiance particulièrement calme et sereine. Les enfants du nouveau groupe scolaire se sont déjà pleinement approprié ces espaces qui contribuent à la réussite scolaire et éducative.
»
Yves Bur, maire de Lingolsheim

Le béton, inerte et intégrateur

Avec un voile de béton de 16 cm minimum, la solution structurelle de prémurs en béton intègre une isolation par l’extérieur qui gère les ponts thermiques et assure une très bonne inertie. Le tout améliore significativement le confort en été et diminue la nécessité de chauffer en hiver grâce à la capacité du béton à accumuler la chaleur.
En termes de développement durable, le béton brut, qui est un matériau très pérenne, offre une image de durée, a fortiori dans le cas d’une architecture sobre, apaisée, indémodable.


Par Delphine Desveaux, le 27/08/2018.