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Un écosystème orienté R&D

En 1817, Louis Vicat inventait le ciment artificiel. Deux cents ans plus tard, les chercheurs, ingénieurs et architectes n’en ont toujours pas fini d’explorer les propriétés et les possibilités infinies d’un matériau qui a toujours su évoluer avec son temps. C’est justement pour répondre aux défis de notre temps – transition numérique et écologique – que l’industrie cimentière a lancé, début 2018, le Cement Lab.
L’ambition de ce laboratoire à idées dédié au ciment et à ses usages ? Connecter les entreprises de l’industrie cimentière aux start-up et à la recherche académique « afin de faire émerger de belles opportunités d’innovations », comme l’expliquait Bénédicte de Bonnechose, la présidente du Syndicat français de l’industrie cimentière (SFIC), lors de l’inauguration du Lab à la célèbre Station F (Paris).
Pour faciliter la mise en relation à l’intérieur de l’écosystème, le Cement Lab organisera deux fois par an des workshops(1), en partenariat avec Impulse Partners. Au cours de ces ateliers, les startups présenteront leurs innovations et pourront entamer un dialogue avec les industriels intéressés.

Innovation digitale et monitoring du bâtiment

« Le Cement Lab est une bannière derrière laquelle les jeunes entreprises innovantes peuvent se rapprocher des grands groupes », estime Rolland Mélet, fondateur de 360 Smart Connect, start-up créatrice du béton connecté. Le startuper est convaincu de l’intérêt de faire se rencontrer ces deux mondes.
« Tout comme le ciment est le liant pour le bâtiment, le digital est devenu le liant de tous les acteurs de la chaîne de valeur de l’acte de construire », estime-t-il. La solution qu’il développe, présentée lors de l’inauguration du Cement Lab, en est un témoignage direct.
Le principe en est le suivant : grâce à des puces NFC insérées dans le béton du bâtiment, l’utilisateur peut interagir à l’aide d’un simple smartphone sur une base de données logée dans le cloud et contenant un ensemble d’informations – données BIM, carnet numérique du bâtiment, ou paramètres de fabrication des éléments structurels. Plusieurs industriels et entreprises de construction ont déjà adopté cette solution qui, en liant l’ouvrage à ses datas de manière interactive, crée un véritable “frère jumeau” numérique du bâtiment.

 

Calcul automatisé des performances énergie et carbone

Si le digital peut “connecter” le béton, il peut aussi faciliter la vie des professionnels. C’est le cas de la solution Vizcab, développée par la spin-off de l’EPFL(2) Combo Solutions, présentée également lors de l’inauguration du Cement Lab.
Dans le cadre de la future réglementation environnementale, cet outil d’aide à la décision et à la conception permet d’automatiser à grande échelle les calculs de performance énergie et carbone des bâtiments.
« Là où un expert met une semaine pour évaluer les performances d’un seul projet, il suffit de quelques dizaines de minutes à notre application pour calculer et restituer les performances de 20 000 variantes sous forme de datavisualisation », décrit Guillaume Lafont, fondateur et CEO de Combo Solutions.
Dans ce vaste champ des possibles, le maître d’ouvrage, l’architecte ou les bureaux d’études peuvent alors choisir et sécuriser les scénarios qui leur conviennent le mieux.
Le béton y a toute sa place : « La simulation d’un bâtiment très exigeant sur les plans énergie et carbone (E3C2) a montré que la moitié des projets en béton (20 000 sur 40 000 variantes) répondait à ces critères de performance », commente Guillaume Lafont.
Là encore, les industriels du ciment ont bien compris les possibilités d’une telle application : elle pourrait leur permettre de mieux prescrire, au bon moment, au bon prix et sur un projet spécifique. Vizcab a été lancée début mai 2018 : 100 licences bêta ont été commercialisées afin de mobiliser activement une communauté d’utilisateurs praticiens et décideurs et de leur permettre de façonner un service digital au plus proche de leurs attentes de terrain.

(1) Le premier Workshop du Cement Lab se tiendra le 4 juillet 2018 à la station F
(2) Ecole polytechnique fédérale de Lausanne


Par Olivier Baumann, le 08/06/2018.