De la légende populaire à la passion du ski

Avant d’être la station de ski que nous connaissons tous, Flaine était un site vierge exceptionnel, marqué par une légende populaire…

Les anciens racontaient qu’un géant, exténué d’avoir franchi tant de montagnes, se serait endormi en nichant sa tête au creux de ce vallon que les anciennes cartes dénommaient “Flainoz” (“oreiller” patois savoyard). De Flainoz, le lieu deviendra Flainaz, puis Flaine, et le géant endormi, une multitude de sportifs.

Mais Flaine, c’est avant tout l’histoire d’une passion et d’une volonté, celles de Sylvie et Éric Boissonnas, skieurs et collectionneurs d’art moderne, épris d’architecture.

Avec Rémi Boissonnas, frère d’Éric, ils vont lancer l’aventure de Flaine dès la fin des années 1950 : une station créée ex-nihilo, bâtie sur le même modèle que les stations balnéaires “intégrées”. Dans un minimum d’espace, on trouve des logements privatifs pensés jusque dans leur mobilier, un hôtel, des restaurants, des espaces d’art ou d’exposition, des lieux de rencontre, des boutiques, etc. La famille Boissonnas fait consensus à la fois sur le site de Flaine et sur le mode de financement public-privé, soutenus par les élus du conseil municipal.

 

Une aventure humaine

« C’est surtout une histoire humaine entre Éric Boissonnas et l’architecte Marcel Breuer, qui ont habité au même endroit aux États-Unis, souligne Arnaud Dutheil, directeur du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) de Haute-Savoie. Les Boissonnas souhaitaient apporter les loisirs et la culture à la montagne, mais aussi quelque chose de nouveau, d’exceptionnel dans cet univers encore peu ouvert aux nouveaux courants esthétiques. »

En 1959, une équipe se met ainsi en place autour de Marcel Breuer, figure centrale du courant moderniste du Bauhaus. Elle est composée des architectes André Gaillard, Denys Pradelle, Laurent Chappis, et de l’ingénieur Ferdinand Berlottier.

 

Les audaces du béton

La station qu’ils imaginent est marquée par une faible emprise au sol, constituée de quelques immeubles de grande envergure, de 7 ou 8 étages. Entièrement bâtis en béton, ceux-ci font appel aux techniques les plus innovantes.

Pour accélérer la construction, une unité de préfabrication du béton est installée au pied de la station, dans la vallée. Très fonctionnel ce système permet de tout fabriquer en usine, puis de monter les larges panneaux sur le site, grâce à un téléphérique spécialement conçu !

« Même si chaque bâtiment est différent, le mode constructif est quasiment identique. Les grands panneaux de béton sont biseautés et facettés, selon une trame bien précise. Cela crée un jeu d’ombres et de lumière tout au long de la journée », explique Arnaud Dutheil.

Pour Marcel Breuer, Flaine était en effet « un exemple d’application du principe d’ombre et de lumière […]. Les façades des bâtiments sont taillées comme des pointes de diamant. Les rayons de soleil frappent leurs facettes sous des angles différents ; des éclairages contrastés résultent de leur réflexion. »

L’hôtel Le Flaine pousse l’innovation et l’audace jusqu’à se projeter dans le vide, au-dessus de la falaise, grâce à son invraisemblable porte-à-faux. C’est l’emblème de la station.

 

De l’architecture à l’art

À l’intérieur de tous les bâtiments, l’architecture se fait art : chaque espace commun est pensé dans le détail, avec des sols en pierre naturelle et des murs en béton brut. Des cheminées monumentales à double foyer équipent l’hôtel, les restaurants, et même le centre culturel et l’auditorium.

Ainsi à Flaine, l’art est central, que l’on évoque la construction, le bâti, l’ornementation… En écho, les espaces extérieurs de la station s’ornent d’œuvres de Picasso, Dubuffet et Vasarely.

 

 

 

 


Par Sylvie Roman, le .