Un tandem amoureux de l’artisanat d’art

Au début de leur association en 2001, Alain Moatti et Henri Rivière partagent un même amour de l’artisanat d’art. Le premier est architecte DPLG après avoir été tailleur de pierre. Le second, décédé en 2010, est ébéniste et architecte d’intérieur.
Après avoir signé le siège social de Jean-Paul Gaultier, rue Saint-Martin à Paris, ils sont mandatés en 2006 par le groupe PPR pour redéfinir l’identité des boutiques Yves Saint-Laurent dans le monde, à commencer par celle de la place Saint-Sulpice.

 

Loin des conventions

En accord avec le directeur artistique Stefano Pilati, les architectes jouent la carte du “décalé” en déclinant la couleur fétiche et iconique qui habille le flacon du parfum Opium. Ils la matérialisent sur un support de laque réfléchissante.
« L’industrie du luxe fait appel de façon récurrente à des matériaux brillants : le laiton, l’inox, la laque… explique Alain Moatti. Dans cet univers réfléchissant, nous avons souhaité mettre en avant un matériau décalé, que l’on n’attend pas dans un magasin de haute couture : le béton. »
Il s’agit plus précisément d’un béton fibré à ultra-hautes performances (BFUP), qui présente des qualités supérieures en termes de résistance en compression, de ductilité, de longévité, d’éco-efficacité, d’isolation et d’esthétisme.
« Ce matériau incarnait pour nous la monumentalité des collections Yves Saint-Laurent : des coupes strictes, nettes, à la fois classiques et modernes, qui donnent aux femmes une stature qu’on ne leur avait jamais connue. »

 

Une discrète monumentalité

« Chez Yves Saint-Laurent, tout est grand, généreux, décalé, sans pour autant se départir d’un grand classicisme. » C’est pourquoi, après présentation de quelques échantillons, Moatti et Rivière font admettre l’idée du BFUP, qu’ils magnifient dans plusieurs pièces de mobilier : un parquet anthracite en point de Hongrie, de longues étagères qui semblent faire léviter les objets, et des fauteuils, semblables à des trônes (1,40 m de large), soutenus par de fins pieds en laiton brossé et dont les larges accoudoirs servent de présentoirs.
Leurs proportions ont été volontairement augmentées pour donner au mobilier une certaine monumentalité, quoique d’une grande sobriété et d’apparence légère. Cet effet est obtenu grâce au BFUP, dont la très forte densité autorise une grande finesse (1,5 cm).
Éclairé par des lustres horizontaux en cristal Baccarat, entre classicisme et modernité, ce décor est un hymne à l’artisanat d’art ancestral appliqué à un design contemporain.

 


Par Delphine Desveaux, le 20/12/2017.