Un cœur de béton coffré

D’architecture classique, le Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon ouvre ses larges baies en arc de plein cintre sur la place de la Révolution. Au fil du temps, ses quatre galeries entourant la cour centrale se sont enrichies de donations généreuses. Dans les années 1960, l’une d’elles a changé la donne : Georges et Adèle Besson offrent 112 toiles de maîtres et plus de 220 œuvres graphiques.
Pour servir d’écrin à cette collection, il a été décidé d’implanter un nouvel espace d’exposition dans la cour (voir encadré). Son architecte Louis Miquel, élève et collaborateur de Le Corbusier, considérait le béton comme le matériau le plus important du XXe siècle.
Inauguré en 1970, le cœur de béton coffré qu’il a conçu s’articule autour d’une longue rampe galerie accueillant, entre autres, Dufy, Matisse, Rodin, Vallotton, Picasso ou encore deux merveilleux Bonnard, “La place Clichy” et “Le petit Poucet”.

Une nécessaire rénovation

Avec le temps, le musée est devenu trop exigu, et son parcours muséographique obsolète. Une rénovation intégrale s’est imposée. Elle a été confiée à l’architecte Adelfo Scaranello. « Il n’était possible d’agrandir le musée ni en creusant, ni en le surélevant, explique-t-il. Nous avons décidé de délocaliser les bureaux administratifs et de supprimer les ajouts intempestifs qui polluaient le bâtiment – comme ces mezzanines, condamnées pour servir de réserves, qui ont été dégagées. Au bout du compte, près de 1500 m2 ont été gagnés pour le public. Le nombre d’œuvres sur les cimaises sera doublé. »

Un ensemble harmonieux et lumineux

Tous les planchers du musée ont été déposés. Afin de consolider les sols, certaines chapes ont été transformées en dalles de béton armé. Pour unifier les différentes parties du musée, des chapes de béton noir ont été coulées. Elégantes, elles allient durabilité et efficacité énergétique – d’autant que certains espaces seront chauffés par le sol. Les parois historiques ont été enduites. Abaissées, les allèges des baies vitrées ont retrouvé leur niveau d’origine.
« Nous voulions plus de transparence. Depuis la rue, les gens seront invités à entrer. Le soir, les collections seront visibles de la rue. » Des puits de lumière ont également été créés.
Néanmoins, L’esprit des lieux est respecté : la symétrie et la pierre de taille gris bleu du XIXe siècle sont en harmonie avec les arêtes vives, les formes cubiques, la dissymétrie et le béton brut de Miquel. Très résistante, la structure autoporteuse de Miquel n’a pas pris une ride. Composée de voiles de béton bruts de décoffrage, elle porte encore imprimée la trace des planches. Dans le cadre de la rénovation, elle n’a demandé qu’un simple lessivage.

Redécouvrir des chefs-d’œuvre

Nouveaux espaces dédiés aux expositions temporaires, hall d’accueil repensé, lieux de médiation culturels : tout sera fin prêt le 16 novembre ! Le directeur du musée, Nicolas Surlapierre, se réjouit de présenter des œuvres qui ont, elles aussi, bénéficié d’une importante campagne de restauration. Il souhaite faire émerger un lieu d’apprentissage, impertinent et décalé, « où l’art soit démythifié sans être désacralisé ».
Bientôt Titien, Boucher, Fragonard, Géricault, Cranach, Goya et tous les autres maîtres de ce lieu d’exception vont regagner la lumière et leurs cimaises. Comme le dit avec modestie Adelfo Scaranello : « Nous sommes avant tout au service des œuvres. »

La rampe de béton de Louis Miquel

Pour accueillir la donation Besson, Louis Miquel a conçu une architecture “ascensionnelle”, avec une structure en béton brut, composée d’une succession de plans inclinés, scandés par des paliers irréguliers s’élevant au cœur du musée, sous la verrière couvrant l’atrium.
« Je m’aperçus […] qu’en divisant la hauteur entre le rez-de-chaussée et le premier étage [ndlr : du musée] en trois parties égales, j’obtenais une hauteur de deux mètres et quelques dizaines de centimètres, un peu juste, mais suffisante pour la hauteur d’un niveau. Celle-ci, subdivisée elle-même par deux, me donnait, avec une pente de dix pour cent, la longueur de la volée de rampe. Cette longueur de volée constituait alors pour moi, le module de base de la composition, de la sorte de ‘sculpture visitable’ que j’imaginais pour l’aménagement de la partie centrale du musée.
Je la conçus comme une structure totalement indépendante de celle du bâtiment existant et ne s’y rattachant, à libre dilatation, qu’aux points nécessaires pour les circulations.
»
L’utilisation du béton enlève toute neutralité à l‘espace. L’expérience théâtrale de Miquel, ses travaux autour du labyrinthe, nourrissent le dialogue entre le visiteur et l’espace.

 

Bio Express

Né en 1958, Adelfo Scaranello est diplômé de l’école d’architecture de Lyon. Il a fondé l’agence AAS en 2002 à Besançon. Equerre d’argent/prix de la culture en 2017 pour le musée Camille Claudel, il inscrit les savoir-faire traditionnels dans ses formes architecturales.
Pour le Centre de retraite spirituelle des Fontanilles, dans les Pyrénées, il a conçu des murs composés de doubles voiles de béton, coulés en strates horizontales qui rappellent les couches mêlées d’agrégats des murs en terre.
En Bourgogne, sa Cabane des pêcheurs de Flée, en suspension sur son socle de béton, joue avec l’inclinaison du terrain. Partisan d’une architecture mesurée, Adelfo Scaranello tisse des liens entre art contemporain et architecture.


Par Laurent Joyeux, le 15/06/2018.