Vous avez récemment livré un immeuble dans le nouveau quartier Paul-Bourget. Quels étaient le cahier des charges de la parcelle et les contraintes de construction ?
Nicolas Hugoo : La parcelle, enclavée entre la rue Gerda Taro au sud et un nouvel espace vert au nord, se présentait sous la forme d’un parallélogramme avec des angles aigus. Destiné à remplacer une partie des anciennes barres démolies, le nouveau bâtiment devait contenir 36 logements sociaux du T1 au T5, dont une loge de gardienne.
Pour respecter la volumétrie afférente à de tels logements et adoucir les angles aigus difficiles à aménager, nous avons choisi d’infléchir l’axe du bâtiment pour créer une figure polygonale régulière et d’ériger un immeuble sur 7 étages avec 5 logements par niveau. Un autre objectif du cahier des charges était d’obtenir les labels E+C- et BEE.
Vous avez répondu avec une écriture architecturale très spécifique. Quels ont été vos partis pris, qui vous ont valu le prix d’architectures 10+1 ?
N. H. : Pour la structure, nous avons retenu le principe d’une ossature poteaux-dalles régulière en béton, à l’image de la maison Dom-Ino imaginée par Le Corbusier, afin d’assurer la robustesse et la longévité de l’ensemble. Sans refends ni retombées de poutres, qui sont noyées dans les dalles, elle offre des plans libres pour un aménagement modulable grâce à des cloisons intérieures légères. Les façades sont, elles, en ossature bois isolées par de la laine de bois.
Cette structure mixte béton-bois permet de concilier pérennité, modularité et performance environnementale dans un bâtiment qui révèle son exosquelette. Ce dernier donne ainsi à voir l’expression constructive de la structure, sans habillage.
Quels sont les autres atouts du béton dans ce projet ?
N. H. : Outre ses performances structurelles, qui nous ont permis d’ériger un immeuble en R+7 avec sous-sol, et son esthétique particulière, la construction béton nous a permis de créer des façades élancées grâce aux piliers, de créer un noyau central qui abrite l’ascenseur et les gaines techniques, et de répondre aux normes incendie. Les dalles en débord forment des brise-soleil et protègent des intempéries le bois de l’ossature et des volets pliants. Les plus grands logements, au nord, bénéficient également de larges balcons, aménagés sur les dalles et donnant sur le jardin.
Entièrement coulé en place, le béton teinté dans la masse confère à l’ensemble un aspect minéral marbré, atténué par la naturalité du bois, qui ancre le bâtiment dans le paysage et son époque.
Quel bilan tirez-vous de cette réalisation ?
N. H. : Livré fin 2024, cet immeuble achève le projet de requalification du quartier Paul-Bourget. Il complète le front urbain en ouvrant vers le jardin central et en proposant une typologie variée de logements sociaux, lumineux mais protégés du soleil et agréables à vivre. Le bâtiment a reçu les certifications BEE+ mention Habitat Qualité, Profil Ville de Paris niveau 4 étoiles, ainsi que le label E3C1.
Tous les logements ont été attribués, et offrent la plus grande satisfaction aux occupants des duplex et des grandes surfaces avec balcons surplombant le jardin.