Plan de sauvegarde et mixité fonctionnelle
Rare vestige de l’architecture industrielle angevine, l’ancienne usine Cointreau, érigée en bord de Maine en 1857, a récemment fait l’objet d’un plan de sauvegarde et de mise en valeur, en concertation avec la Ville d’Angers et l’Architecte des Bâtiments de France.
Reconvertie en bureaux pour accueillir le siège du Crédit Mutuel Anjou, en 1972, le bâtiment avait préservé sa structure historique et ses éléments emblématiques comme sa façade, mais dissimulé quelques trésors cachés, comme la rotonde d’accueil ou la salle des alambics. « L’enjeu était de préserver le patrimoine historique et de le transformer en un espace mixte contemporain, ouvert sur la ville, tout en combinant l’équilibre économique du projet, explique Bruno Huet, architecte fondateur de l’agence säbh, qui a mené l’ensemble de la restructuration. D’où l’idée de réutiliser l’existant pour les bureaux et de créer une surélévation pour des logements. »
Conserver et révéler
Avant d’entamer les travaux, un diagnostic précis des différents éléments constructifs a été réalisé. « Le bâtiment a connu six campagnes de construction jusqu’à la fin des années 1950, avec de la brique, du béton armé, des charpentes métalliques et des planchers intermédiaires ajoutés au fil des besoins, poursuit Bruno Huet. Cette accumulation de strates a rendu le site particulièrement complexe à transformer. »
Les murs de façade aux nombreuses ouvertures et la structure poteaux-poutres en béton ont été conservés. « Véritable atout dans ce projet, cette préservation du béton, qui a servi de base pour la surélévation, nous a permis de limiter les démolitions et l’empreinte carbone des travaux », mentionne Bruno Huet. Chaque élément de la structure a été vérifié suivant les descentes de charge et seuls quelques renforts, principalement métalliques, ont été ajoutés. L’intérieur a été creusé pour créer une agora centrale, éclairée par une lumière zénithale, desservant les bureaux en périphérie.
Pour la surélévation en bois de trois étages, un plancher métallique de répartition a été installé en toiture et six piles de béton, abritant des escaliers, assurent le contreventement. Pour les logements, 40 places de stationnement ont été aménagées au rez-de-chaussée et au premier étage. Quant à la salle voûtée des alambics, elle aussi en béton mais dissimulée sous des planchers intermédiaires, elle a été entièrement révélée et restaurée pour devenir un amphithéâtre de 200 places.
« Véritable atout dans ce projet, cette préservation du béton, qui a servi de base pour la surélévation, nous a permis de limiter les démolitions et l’empreinte carbone des travaux. »
Bruno Huet, architecte fondateur de l’agence säbh
Reconversion urbaine exemplaire
Livré en 2025, l’immeuble aujourd’hui appelé « Molière » abrite le siège social du Crédit Mutuel Anjou (6 800 m²), 35 appartements de standing (3 638 m²), des terrasses privées et un rooftop (1 723 m²), un café en rez-de chaussée et un auditorium (257 m²).
Les façades et les parements en brique préservent l’héritage patrimonial, tandis que le bardage teinté de la surélévation, les menuiseries en aluminium brun et les structures métalliques fines des balcons signent une écriture contemporaine, discrète et harmonieuse. « Ce projet, audacieux et précurseur à telle échelle, combine valorisation patrimoniale, extension contemporaine, mixité d’usages, durabilité et équilibre économique, avec des matériaux utilisés à bon escient au bon endroit : le béton pour sa pérennité et sa solidité, le métal pour sa rigidité et le bois pour sa légèreté », conclut Bruno Huet. Un bel exemple de reconversion urbaine qui préserve le foncier en proposant un dialogue subtil entre histoire et modernité.