Sur le chemin de halage de la Saône, la passerelle de Cormoranche-sur-Saône (Ain) enjambe un méandre de la rivière bordé d’une belle végétation pour s’insérer avec délicatesse dans un cadre bucolique. Une réussite qui a valu à cette réalisation livrée en juin 2025 d’être distinguée par le prix de l’Équerre d’argent 2025 (catégorie « Infrastructures et ouvrages d’art »).
Un lien fort avec le paysage
Pour l’architecte Thomas Motrieux, cofondateur de l’agence Atelier Tropisme Mécanique en charge du projet, « l’idée n’était pas de repartir de zéro sur ce site où avait déjà été bâti un ancien pont en bois, mais de garder un lien fort avec le paysage en valorisant l’existant ». Cette passerelle cyclo-piétonne voulue par la Communauté de communes de la Veyle, à laquelle appartient Cormoranche-sur-Saône, repose ainsi sur des appuis en maçonnerie de pierres du début du XXe siècle, qui ont été ceinturés d’enrochements afin de stabiliser l’ensemble. Sur le plan esthétique, la structure affiche une élégante couleur vert de gris teintée dans la masse du béton, ainsi que des modénatures rectangulaires en élévation, référence assumée aux passerelles de style Art déco présentes dans le parc du château voisin de Pont-de-Veyle, principale municipalité de la communauté de communes.
Un béton souple et robuste à la fois
L’innovation est aussi de la partie pour rendre concrète une écriture architecturale très simple. « La passerelle se présente comme un objet structurel unique : il n’y a ni garde-corps rapportés ni éléments mécaniques apparents. L’ensemble est conçu comme une seule pièce déposée dans le paysage, souligne Thomas Motrieux. Le choix a donc été fait de préfabriquer en usine des poutres latérales en béton fibré à ultra hautes performances (BFUP) de 11 mètres de long sur 2,7 de large, qui ont ensuite été grutées en une seule pièce avec le platelage. Ce monolithe constitue à la fois la structure et le tablier. »
Sur ce site régulièrement inondé lors des crues de la Saône, le choix de ce matériau permet d’augmenter la durabilité. « Cet ouvrage d’un seul tenant demande beaucoup moins d’entretien. Il est également capable de bien mieux résister aux branches et autres embâcles charriés lors des inondations qu’une passerelle en acier ou en béton classique. Il est enfin beaucoup plus étanche car la taille des granulats, d’à peine trois millimètres, est dix fois plus petite que dans un béton classique », note l’architecte.
Structure ultrafine
Réaliser une passerelle d’une taille aussi modeste en BFUP est peu fréquent, ce qui fait de ce projet un défi technique. « Nous avons dû passer par une phase d’essais et de mise au point sur la formulation du béton et la conception de l’ouvrage », se souvient Thomas Motrieux. Le coût du BFUP n’a pas non plus constitué un obstacle insurmontable pour ce programme au budget modeste : « Nous avons choisi le BFUP car il peut être fortement compressé. Cette caractéristique permet des structures très fines (de 3 à 11 centimètres avec une moyenne d’environ 5) et donc une consommation moindre de matière. Et la préfabrication permet de limiter les pertes de matière. Au total, la quantité utilisée n’est que de 3 m3 environ. »
Dernière qualité du BFUP ? Son moindre impact environnemental : environ 60 % d’émissions de CO₂ en moins par rapport à une passerelle équivalente en acier et jusqu’à 85 % par rapport à l’aluminium. L’objectif de proposer une solution innovante mais économiquement réaliste pour un projet de petite taille est pleinement atteint.