Vous avez livré en 2023 le pôle culturel de Villefranche-de-Rouergue, dans le quartier de la Bastide, l’un des quartiers prioritaires de la ville. Quels étaient le contexte et les enjeux de la municipalité à travers cette opération ?
Sylvain Rety : Le projet du pôle culturel s’inscrit dans un contexte plus large de revitalisation des centres-villes, aujourd’hui souvent délaissés au profit des périphéries commerciales et résidentielles. La municipalité souhaitait ainsi redonner de l’attractivité et de la vitalité au cœur historique de la ville.
Situé dans le quartier de la Bastide, pourtant central et chargé d’histoire, le site souffrait d’un manque de mise en valeur et d’un déficit d’usages capables de générer une véritable dynamique urbaine. L’enjeu de l’opération était donc de réactiver ce quartier en y installant un équipement culturel fédérateur, susceptible d’attirer des publics variés et de recréer des flux dans le centre-ville.
À travers ce projet, la ville cherchait également à renforcer l’accès à la culture dans un quartier classé prioritaire, tout en faisant du pôle culturel un levier de transformation urbaine et sociale. L’équipement devait ainsi participer à redonner une centralité active à la Bastide et contribuer à l’image et à l’attractivité de Villefranche-de-Rouergue.
Quelle a été votre réponse en termes de programme ?
S. R. : Nous avons proposé un équipement capable d’attirer des publics de toutes les générations et de favoriser les usages partagés : une ludothèque pour les enfants, un cyber-jazz café pour les adolescents et les jeunes adultes, des salles d’étude pour les étudiants, ainsi qu’un café-presse destiné notamment aux habitants plus âgés.
Cette programmation, que l’on peut qualifier de tiers-lieu, repose sur le constat que les pratiques culturelles évoluent, en particulier chez les jeunes générations, mais qu’elles ne disparaissent pas pour autant. Les jeunes générations ne lisent pas moins qu’avant et se passionnent pour des sagas littéraires, elles veulent produire leurs propres contenus, s’investir dans des pratiques amateurs ou se retrouver collectivement autour d’événements culturels. Les manières de lire, d’écouter ou de regarder se transforment avec les mutations technologiques, mais la curiosité, le désir de création et le besoin de partage demeurent. Le projet a donc été pensé comme un lieu capable d’accompagner ces transformations, en offrant une diversité d’espaces et de pratiques. L’objectif était de créer un équipement vivant tout au long de la journée, où différentes générations et différentes cultures peuvent se croiser, échanger et produire ensemble.
L’îlot urbain sur lequel s’implante le pôle culturel remonte au Moyen Age et a connu plusieurs vies. Comment avez-vous abordé la question de la mémoire ?
S. R. : Le projet s’inscrit ainsi dans une continuité historique entre passé, présent et futur. Nous avons cherché à instaurer un dialogue permanent entre les époques, en révélant certaines traces existantes tout en introduisant une écriture architecturale actuelle. L’enjeu était de trouver un équilibre entre mémoire et renouveau.
Pour la réalisation de votre projet, vous avez eu recours au béton. Pourquoi ce choix, et comment l’avez-vous mis en œuvre ?
S. R. : Le recours au béton s’est imposé à la fois pour des raisons structurelles et architecturales. Dans un contexte d’intervention sur un îlot ancien, aux volumes contraints et aux structures existantes hétérogènes, il a permis de renforcer et de conforter les ouvrages dans des situations souvent exiguës et complexes. Sur le plan esthétique, il entretient un dialogue passé/présent, avec les matériaux déjà présents sur le site, en particulier la pierre et le bois.
Le caractère malléable et plastique du béton a été déterminant dans l’écriture du projet. Il permet de modeler des formes précises et d’assurer des jonctions continues entre les parties anciennes en pierre et les extensions contemporaines, contribuant ainsi à articuler le bâti patrimonial et la nouvelle architecture.
Depuis la livraison, comment les usagers se sont-ils réapproprié ce lieu ? Et quel est le retour d’expérience de la collectivité ?
S. R. : Depuis son ouverture, l’équipement a été rapidement adopté par les habitants. La collectivité nous a fait part d’une forte augmentation des inscriptions et de la fréquentation, signe que le lieu répond à une véritable attente. La Manufacture connaît aujourd’hui un réel succès et s’est imposée comme un point de rendez-vous culturel et social pour la ville.
Cette appropriation est d’autant plus marquante que le bâtiment avait connu une histoire longue et discontinue. Depuis les années 1950, il abritait une manufacture de nasses – des pièges à poissons – avant d’accueillir quelques logements, tandis qu’une grande partie de l’édifice était progressivement tombée à l’abandon. La transformation de ce bâtiment historique, situé en plein centre-ville, a donc eu un impact important. En lui redonnant un usage public et culturel, le projet a permis de réactiver un lieu autrefois délaissé et de lui offrir une nouvelle place dans la vie quotidienne des habitants.