Vous avez remporté le premier prix PFE au dernier Trophée béton Écoles. Pouvez-vous nous décrire votre projet ?
Ulysse Torres : Le projet Opus spolia – Vers de nouvelles exploitations des gisements de béton ? vise à considérer chaque démolition comme un gisement potentiel de matériaux permettant d’alimenter de nouvelles constructions locales. Plutôt que de démolir pour broyer et concasser, l’objectif est de déconstruire des éléments structurels en béton – dalles, planchers, voiles, poteaux, poutres – pour les réutiliser et les réassembler sur un nouvel ouvrage à proximité, sur le mode d’un Lego géant.
Cette réflexion s’est illustrée sur un projet concret de démolition de barres préfabriquées des années 1970 à Chelles : je suis parti du plan de préfabrication pour identifier ce qui pouvait être réutilisé pour la construction d’un musée et d’un immeuble de logements.
Comment vous est venue cette idée ?
U. T. : La thématique du réemploi des matériaux en général, et du béton en particulier, devient de plus en plus incontournable dans les projets de rénovation ou de reconversion. C’est ce qui m’a conduit à m’y intéresser durant mes études, notamment à travers les travaux de recherche menés par le Structural Xploration Lab de l’EPFL. Aujourd’hui, les gisements existent et les techniques se développent, mais les niveaux de valorisation des matériaux restent faibles.
L’enjeu est de les augmenter en conciliant durabilité du projet et maîtrise de l’empreinte carbone, dans une logique de valorisation maximale de la matière. L’autre question est de combiner l’approche architecturale d’un projet avec la thématique du réemploi, que ce soit en amont en pensant les bâtiments pour qu’ils soient réemployables ou en aval en se servant des éléments déconstruits.
« Le projet de Chelles a montré, qu’à volume égal, une construction en béton de réemploi pourrait émettre neuf fois moins de CO2 qu’une construction traditionnelle. La proximité entre bâtiment donneur et bâtiment receveur est évidemment cruciale pour une telle performance. »
Ulysse Torres
Quels enseignements avez-vous tirés de votre projet ?
U. T. : En assemblant ces matières réemployées, ce que signifie « Opus Spolia», ce projet ouvre de nouvelles perspectives en termes de rénovation urbaine pour une construction plus responsable. Sur le plan environnemental, le bilan est particulièrement avantageux, puisque l’estimation réalisée sur le projet de Chelles a montré, qu’à volume égal, une construction en béton de réemploi pourrait émettre neuf fois moins de CO2 qu’une construction traditionnelle. La proximité entre bâtiment donneur et bâtiment receveur est évidemment cruciale pour une telle performance.
Cette approche a également révélé un vrai potentiel en termes d’écriture architecturale puisqu’à partir d’un simple poteau béton réemployé, il était possible de développer un ouvrage complet. Dans la réflexion architecturale, où les notions de durabilité et de réversibilité sont devenues incontournables, le réemploi va incontestablement prendre de l’ampleur. Reste à mettre en œuvre et à déployer des techniques fiables et optimisées de déconstruction et de ré-assemblage.