Pouvez-vous nous resituer l’histoire du lieu et les enjeux de sa réhabilitation ?
Axel Schoenert : Ce bâtiment à la magnifique façade en pierre de taille de 70 mètres de long, à l’angle des rues Saint-Maur et Darboy, était à lʼorigine, en 1875, une école catholique. Devenu établissement d’enseignement technique, il a été transformé après-guerre, avec de multiples ajouts, notamment en béton, et a fini par accueillir, dans les années 1990, le siège de la maison de haute couture Margiela.
Repris par l’investisseur Barings pour en faire un immeuble de bureaux modernes sur 3 200 m², il nous a été confié pour sa restructuration suivant trois enjeux : la conservation de son patrimoine architectural, l’optimisation des surfaces et des usages, et la performance environnementale avec un haut niveau de certification.
Parmi les éléments patrimoniaux, il y avait une halle avec une voûte en béton et pavés de verre. Quelle place a-t-elle pris dans votre projet ?
A. S : Cette halle voûtée située dans la cour nous a semblé intéressante à valoriser pour son architecture particulièrement originale. Datant de 1947, sa voûte a été réalisée en béton avec des pavés de verre pour laisser entrer la lumière. Compte tenu de la bonne qualité des armatures acier et des bétons, nous l’avons préservée en remplaçant certains pavés de verre et en étanchéifiant l’extérieur de la voûte avec une résine.
Tout l’intérieur de la halle a également été modernisé, avec l’ajout d’une mezzanine, pour en faire un espace de réception et de rencontre avec une grande baie vitrée donnant sur la cour de l’immeuble.
Cour dans laquelle vous ajouté une extension en béton ?
A. S : Effectivement, nous avons démoli un ancien bâtiment de 1960 et ses escaliers, pour créer une extension contemporaine en cascade sur plusieurs niveaux. Initialement prévue en bois, la structure autoporteuse — poteaux-poutres-planchers — a finalement été réalisée en béton bas carbone, pour une question de portée et de hauteur par niveau, d’adaptation à l’existant fait de murs pas d’équerre et de résistance au feu. Cette structure nous a aussi permis de réaliser des terrasses accessibles et végétalisées en R+3 et R+4.
Sa façade en mur-rideau apporte clarté, légèreté et transparence, en s’intégrant à l’existant grâce à une liaison vitrée avec le mur du bâtiment d’origine, faisant office de puits de lumière pour l’extension.
Qu’en est-il des autres parties, et que retenez-vous de ce chantier exigeant ?
A. S : L’immeuble historique a fait l’objet d’une restructuration lourde avec le renforcement des planchers pour coulage d’une chape béton, une isolation renforcée, la création d’un noyau central pour deux ascenseurs et d’un nouvel escalier. Sa façade, ainsi que ses éléments décoratifs, ont également été rénovés. Quant aux sous-sols de la cour, ils ont été creusés et agrandis pour y accueillir des locaux techniques, archives et salles de réunion, éclairés par des puits de lumière aménagés dans le patio.
Ce chantier de rénovation ambitieux, dans un espace contraint, est parvenu à un compromis satisfaisant en conciliant conservation patrimoniale et création contemporaine. L’amélioration des performances énergétique et environnementale, grâce à l’isolation, au raccordement au réseau de chaleur urbain, à une pompe à chaleur et à la conception bioclimatique de l’extension, nous a valu les certifications BREEAM et HQE niveau Excellent, et Effinergie+.