Quel était l’enjeu de ce nouveau conservatoire au cœur du quartier Massy-Opéra ?
Dominique Coulon : L’ancien conservatoire était dispersé dans plusieurs écoles, dans des locaux plutôt en mauvais état. L’enjeu était de réunir toutes les activités dans un même bâtiment, clairement identifiable comme un équipement culturel. Nous sommes tout près de l’Opéra de Massy et de la médiathèque ; il existe ici une véritable centralité culturelle. Le programme réunit des espaces très différents, des petites salles d’enseignement aux salles de percussion et de danse, ainsi qu’une salle de répétition pour l’Opéra. Cela impliquait un très haut niveau d’exigence acoustique.
Quels ont été vos principaux partis pris architecturaux ?
D. C. : La parcelle était très contrainte et le bâtiment devait être compact. Plus il était vertical, plus il laissait de place au parc derrière. Cette compacité limitait aussi les possibilités de fabriquer de l’ampleur spatiale. Nous avons donc cherché à mettre les différents niveaux en relation. Et il y avait ce très bel arbre qu’il fallait absolument garder et valoriser. La façade se déforme pour accueillir sa frondaison, comme si l’arbre était plus fort que le bâtiment. Avec finalement peu de moyens, je trouve qu’on a quand même réussi à dessiner des espaces marquants.
Pourquoi le béton s’est-il imposé et comment avez-vous réalisé cette façade courbe ?
D. C. : Le béton a de très bonnes propriétés acoustiques. Dans un conservatoire, il faut à la fois maîtriser l’acoustique à l’intérieur des salles et éviter les nuisances sonores pour les logements voisins. Pour la façade, le béton est aussi un matériau qui se moule. Géométriquement, c’est assez complexe parce que ce n’est pas simplement une courbe : il y a une déformation. Il a fallu fabriquer les moules avec beaucoup de précision. L’entreprise a très bien réussi ce mur du premier coup.
Pourquoi avoir choisi ce béton rouge et comment avez-vous maîtrisé son aspect ?
D. C. : C’est une couleur chaude, englobante, chaleureuse. Elle fait disparaître le côté parfois négatif dans la perception du béton, généralement associé au gris. Quand il est rouge, les gens ne se disent même plus : « Ah, c’est du béton ! » On peut aussi faire un parallèle avec les instruments de musique, qui ont souvent de belles couleurs. Nous avons essayé d’être le plus radical possible : le sol est lui aussi en béton rouge. La couleur enveloppe ainsi tout l’espace. Des murs témoins ont été réalisés et validés avant les travaux. Il y a quelques disparités de couleur sur les façades, mais cela fait partie du matériau. Ce n’est pas une carrosserie de voiture, c’est une matière ! Le béton apporte aussi une grande robustesse dans les circulations, notamment lorsque l’on déplace des instruments.
Quels sont les premiers retours depuis l’ouverture ?
D. C. : Les utilisateurs sont vraiment ravis. L’inauguration a été un moment très joyeux, avec une vraie satisfaction à prendre possession des lieux. Le maître d’ouvrage est également très content. De notre côté, nous voulions que cet équipement se différencie de son environnement, essentiellement composé de logements et de bâtiments plutôt clairs. Le conservatoire est assez petit par rapport aux immeubles qui l’entourent : il lui fallait donc cette énergie supplémentaire pour faire sa place.