Pour ce discret passage du 11e arrondissement de la capitale, tout a changé en 2018. À l’abandon depuis plusieurs années, le site est sélectionné dans le cadre de l’appel à projets urbains innovants Réinventer Paris 2, dont la spécificité est de valoriser les sous-sols. « Bien qu’occupé temporairement par des usages transitoires, le passage Saint-Pierre-Amelot constitue un foncier stratégique sous-exploité dans un quartier très attractif. L’enjeu est donc de lui redonner une fonction pérenne avec une diversité d’usages », explique Rémi Lavillonnière, directeur de projets chez Immobilière 3F, bailleur social en charge de ce programme mixte de 12 500 m2 de surface plancher qui doit s’achever début 2027.
Programme mixte et dense
Le programme comprend 3 500 m2 d’activités et 134 logements couvrant tout le parcours résidentiel (logements sociaux, intermédiaires et accession). L’ensemble est réparti sur deux bâtiments : une halle du début XXe siècle, prolongée d’une partie neuve, et un garage Renault de trois niveaux, surélevé de deux étages en structure bois-béton. Il comporte aussi des sous-sols, parties intégrantes du projet avec notamment une salle de sport – conformément à la thématique de Réinventer Paris 2. Une ferme urbaine occupera enfin les toits des deux bâtiments.
Raréfaction du foncier
« Si le cahier des charges prévoyait de garder la halle, nous avons proposé, avec le soutien de 3F, de conserver également le parking silo dans une démarche de transformation de la ville sur elle-même, limitant les démolitions », précise Alexandra Faucheux, architecte associée de l’agence mandataire, Le Penhuel & Associés.
Ce projet s’inscrit dans une tendance de plus en plus observée dans les grandes villes : la reconversion des bâtiments industriels en béton des années 1960-1970 en bureaux mais aussi en logements, comme c’est le cas ici. « Les transformations de ce type sont devenues courantes en raison de la raréfaction du foncier. Ce projet s’inscrit pleinement dans cette évolution », note Rémi Lavillonnière.
Bien qu’elle n’ait pas été prévue à l’origine, la modularité de ces actifs immobiliers est souvent réelle, comme c’est le cas du passage Saint-Pierre-Amelot : « Le silo est une structure initialement utilitaire, mais présentant des qualités exploitables : une trame constructive large, peu de poteaux et des dimensions compatibles avec des logements traversants. Ici, environ 75 % de la structure a été conservée. Les démolitions ont été ciblées, notamment pour créer des cours intérieures, ainsi que pour supprimer les rampes inadaptées », explique Alexandra Faucheux.
Béton préservé et réemployé in situ
Un travail a été mené sur le béton existant, initialement masqué par de la peinture ou un bardage métallique, et plus ou moins abîmé selon qu’il était ou non exposé aux intempéries. « Après l’avoir mis à nu, nous avons réalisé avec l’entreprise un travail fin, avec un mortier de reprise, sur les parties arrachées et les fissures. Puis nous avons apposé une lasure très transparente pour conserver les traces du temps. L’objectif est de donner de la chaleur à ce béton et qu’il s’harmonise avec le mur de la halle, juste en face », indique Alexandra Faucheux.
Le réemploi constitue une autre priorité, comme le souligne le représentant de 3F : « De nombreux matériaux ont été récupérés, réutilisés sur site ou redistribués. Les gravats ont été valorisés. Un travail spécifique a été mené sur la réutilisation de dalles de béton en pavage extérieur, malgré des contraintes logistiques et techniques importantes. »
Un démonstrateur de la ville durable
Des solutions spécifiques permettent d’adapter cet ancien parking aux exigences du logement (ajout de structures de renfort, intégration de dispositifs coupe-feu…). « Le projet répond aux exigences de la RT 2012 -10% et vise les labels HQE, E+C- et le profil Economie Circulaire. Sont prévues des façades en bois insérées entre les dalles béton, une épaisseur de jardin sur le toit et des systèmes de ventilation naturelle pour les locaux d’activité en sous-sol », précise Rémi Lavillonnière.
Ce projet de reconversion est-il plus onéreux qu’une reconstruction complète ? Oui pour Rémi Lavillonnière mais le pari en vaut la peine : « Nous sommes un peu au-dessus des coûts du neuf classique, mais il y a un aspect démonstrateur qui entre en jeu et permet d’accéder à cette catégorie de marchés. Dans le contexte parisien, la reconversion de ce type de bâtiments est maintenant une demande claire. »