Au 2 cité Charles Godon, à deux pas des grands boulevards, l’immeuble était de belle facture mais de petite taille dans son environnement. Construit à la fin du XIXe siècle, il a longtemps abrité un Mont-de-Piété, avant d’être transformé en bureaux puis occupé par une antenne de l’Assedic. Un bâtiment modeste, coincé entre rue et cour, mais porteur d’une histoire et d’un potentiel rare à Paris. « Architecturalement, c’est un immeuble de type haussmannien mais “éclectique”, avec des façades en brique qui rappellent certaines compositions plus anciennes », précise Hervé Ellena, architecte, associé de l’agence Ellena Mehl Architectes.
Lorsque la RIVP, bailleur social parisien, décide de l’acquérir dans le cadre des dispositifs favorisant la transformation de bureaux en logements sociaux, le défi est clair : produire 13 logements sans dénaturer la façade existante, tout en composant avec de fortes contraintes de hauteur et de voisinage. « Chaque mètre comptait. On était sur un petit bâtiment, mais avec une ambition urbaine très forte, résume Hervé Ellena. L’une des principales difficultés a donc été de repenser la circulation verticale et la distribution intérieure. Une organisation plus lisible a été rétablie, avec un noyau central qui articule les volumes et dessert les logements de façon cohérente. »
« Le béton était le seul matériau qui nous permettait d’entrer dans les hauteurs autorisées, avec des planchers fins et de grandes portées. »
Hervé Ellena et Stéphanie Mehl, architectes, associés de l’agence Ellena Mehl Architectes.
Une écriture contemporaine, une exécution soignée
Initialement pensé en bois, le projet change de cap en cours d’études. Une servitude de vue interdit toute surélévation significative. Pour respecter le gabarit tout en répondant au programme, le choix du béton s’impose : « C’était le seul matériau qui nous permettait d’entrer dans les hauteurs autorisées, avec des planchers fins et de grandes portées », explique l’architecte.
Le parti pris est clair : utiliser le béton là où il est indispensable. La structure repose sur un système poteaux-planchers qui libère les espaces intérieurs et rend les logements évolutifs dans le temps. « Les cloisons ne sont pas porteuses : demain, les appartements pourront être regroupés ou reconfigurés sans toucher à la structure », note Hervé Ellena.
Côté cour, l’extension affirme une écriture contemporaine avec une façade en béton blanc, coulée en place, dont la teinte dialogue avec la façade historique en brique. « Nous cherchions un aspect pierre, quelque chose de calme et lumineux, capable de répondre à l’existant sans l’imiter », précise Hervé Ellena. Mais la mise en œuvre a exigé une grande rigueur de la part de l’entreprise Genere : « Il faut des coffrages parfaitement exécutés, une méthode de coulage maîtrisée, éviter les bulles, et surtout garantir une homogénéité du béton sur l’ensemble des phases pour éviter des variations de teinte. »
Un projet lauréat du Trophée Béton Pro
Livrée en 2023 et inaugurée en septembre 2024, cette réhabilitation, inscrite dans le cadre du Plan Climat de la Ville et bénéficiant d’une certification NF Habitat HQE Patrimoine Habitat Rénovation, offre aux 13 logements, majoritairement des T2 et T3, une belle qualité de lumière, des volumes variés et des circulations repensées. Le cœur du bâtiment, autrefois mal distribué, devient un espace lisible et convivial. « À l’inauguration, les habitants semblaient satisfaits : on sentait une vie de voisinage, des enfants qui se croisent, une appropriation des lieux », constate Hervé Ellena.
Ultime reconnaissance, le projet a reçu le Trophée Béton Pro 2024. « Le jury a sans doute apprécié la transformation d’un bâtiment existant vers un nouvel usage, l’extension, et surtout un usage du béton à la fois qualitatif et raisonné », conclut Hervé Ellena.