Pouvez-vous revenir sur les enjeux de la reconversion de la tour Natixis ?
Umberto Napolitano : L’ancien siège parisien de Natixis, à l’angle de la rue Van Gogh et du quai de la Rapée, a été construit en 1974 et restructuré en 1999 en bâtiment miroir. Très visible, avec ses 17 étages offrant des vues magnifiques sur la capitale, l’immeuble a fait l’objet, en 2022, d’un concours pour une nouvelle réhabilitation.
Pour le remporter, nous avons misé sur la haute valeur climatique et environnementale de sa transformation, en étudiant toutes les solutions de préservation ou de réemploi des matériaux, de réaménagement intérieur et d’intégration environnementale. Nous avons surtout imaginé une audacieuse réorientation de la façade sud, sans la bouger, afin de limiter l’ensoleillement direct tout en optimisant les volumes.
En quoi cette réorientation consiste-t-elle, pour quels bénéfices ?
U. N. : Nous avons ajouté des bow-windows décalés de 23° par rapport à l’existant, avec une partie opaque en alu et acier versant sud et de grandes baies vitrées côté nord-ouest. Cette solution, s’appuyant sur la structure béton existante, préserve la luminosité et la vue tout en réduisant l’apport de chaleur en été.
La surépaisseur de cette nouvelle façade grâce aux bow-windows a aussi permis de gagner de la surface dans les étages, ce qui a ouvert la possibilité de démolir le socle qui abritait une galerie commerciale pour en faire un espace végétalisé doté d’un pavillon de services ouvert au public. Ce jardin, dans la continuité des bords de Seine, fera office d’îlot de fraîcheur en été.
Cette approche globale, menée avec l’ensemble des parties prenantes, permet d’améliorer la performance climatique du bâtiment et son rapport à l’espace public dans une meilleure intégration urbaine et environnementale.
En quoi le béton est-il un atout dans cette restructuration ?
U. N. : Pensée et réalisée il y a cinquante ans, la structure poteaux-poutres s’avère extrêmement rationnelle et intelligente, bien tramée et en bon état, après vérification des armatures et bétons. Mise à nue, l’intégralité du squelette béton a été conservée, ce qui a permis de limiter l’utilisation de nouveaux matériaux et, donc, l’empreinte carbone de l’opération.
La structure du bâtiment, avec noyau central, offre de grands volumes intérieurs lumineux sur deux niveaux et est particulièrement adaptée aux espaces de travail actuels. Nous y avons ajouté, à chaque double niveau, des loggias semi-ouvertes sur l’extérieur et un système de ventilation naturelle pour la circulation d’air et le rafraîchissement. L’inertie du béton, laissé apparent aussi souvent que possible, est aussi un plus en été.
Enfin, les granulats issus du socle démoli ont été recyclés pour réaliser les sols du pavillon de services et des extérieurs, ainsi que des vasques.
« Pour chaque réhabilitation, il faut d’abord penser à ce qui va être économisé, non fabriqué, réutilisé ou recyclé. Autant que possible, on doit préserver ou réemployer le béton. Il est performant en termes de résistance structurelle et d’inertie thermique. C’est un matériau durable et flexible, qui se régénère sans cesse. »
Umberto Napolitano, architecte fondateur et associé de l’agence LAN
Quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
U. N. : Grâce à sa façade bioclimatique, à l’amélioration de son efficacité énergétique, à la végétalisation du parvis et au réemploi du béton existant, le nouvel immeuble vise l’obtention de six certifications et labels : BREEAM, HQE, Biodivercity, BBCA Neuf, BBC Effinergie rénovation, CircoLab.
La transformation de l’existant plutôt que la reconstruction est la solution à privilégier dans les projets de rénovation urbaine, afin de limiter les émissions ; ce sont des projets qui se montent par étapes, de façon non linéaire. Pour chaque réhabilitation, il faut d’abord penser à ce qui va être économisé, non fabriqué, réutilisé ou recyclé. Autant que possible, on doit préserver ou réemployer le béton. Il est performant en termes de résistance structurelle et d’inertie thermique. C’est un matériau durable et flexible, qui se régénère sans cesse.
