Projet phare d’Elia, gestionnaire du réseau de transport d’électricité belge, l’île Princesse Elisabeth voit progressivement le jour en mer du Nord, au milieu de la zone éolienne offshore éponyme. Ce hub énergétique de 6 hectares, dont la construction a débuté en 2024, est la pierre angulaire du futur réseau européen offshore intégré.
Dotée d’un petit port et d’un hélipad, l’île hébergera des sous-stations en courant alternatif et sera reliée à 300 km de câbles pour accueillir l’électricité produite par les parcs éoliens et la transporter vers la terre ferme – le développement d’une infrastructure en courant continu est à l’étude. Elle servira également de point d’atterrage* afin que la Belgique puisse échanger de l’énergie renouvelable avec ses voisins et ainsi améliorer l’interconnexion à l’échelle européenne.
Une formulation vertueuse
Dans cet ouvrage d’exception, les fondations seront constituées de 23 caissons en béton, de 22 000 t chacun (57 m de long, 28 m de large, 23 à 32 m de haut). Ces structures formeront le périmètre extérieur de l’île, et la partie intérieure sera comblée par du sable. Préfabriqués à Vlissingen (Pays-Bas), à l’aide de coffrages glissants dans lesquels le matériau a été coulé 24h/24 et 7j/7, les premiers caissons ont été remorqués sur place dès le printemps 2025, puis remplis d’eau afin d’être immergés, avant d’être remplis de sable et scellés.
Face au milieu agressif qu’est la mer du Nord, le béton a été formulé avec du ciment hautement résistant aux sulfates, mais aussi bas carbone. De quoi assurer une longévité de l’ordre de 100 ans à l’île Princesse Elisabeth, et réduire de 40 % l’empreinte carbone de ses fondations.
Une île à impact positif
Par ailleurs, les qualités intrinsèques du béton s’inscrivent parfaitement dans l’approche Nature Inclusive Design d’Elia. Avec l’appui d’experts issus de divers horizons (experts en conservation de la nature et en milieu marin, universités, bureaux d’études et ONG), le gestionnaire de réseau et le consortium de construction ont en effet identifié tous les ingrédients pouvant contribuer aux fonctions « reproduction, abri et recherche de nourriture » des espèces locales. Par exemple : un mur anti-tempête avec des corniches pour les oiseaux – notamment les mouettes tridactyles -, ou encore des panneaux de relief aux pieds de l’île pour abriter les poissons et accueillir leur nourriture.
Dans ce contexte, la neutralité chimique du béton évite toute perturbation des écosystèmes et milieux aquatiques. Plus généralement, sa souplesse peut aussi permettre de réaliser des anfractuosités (cavités profondes et irrégulières) propices au développement de la biodiversité.
© Elia Group.
Elia et ses parties prenantes ont développé une approche Nature Inclusive Design pour quatre zones de l’île Princesse Elisabeth (supratidale, intertidale, subtidale peu profonde et subtidale profonde) ainsi que pour ses environs. En savoir plus : ici.
Financée pour partie par le programme LIFE, instrument financier de l’Union européenne pour l’environnement et l’action climatique, et par un prêt de la Banque européenne d’investissement à hauteur de 650 millions d’euros, l’île devrait être achevée à la mi-2026, et ses infrastructures électriques en 2030.
Alors que les parcs éoliens de la zone Princesse Elisabeth offriront une capacité allant jusqu’à 3,5 GW (soit la consommation de plus de 3 millions de foyers), elle constituera une infrastructure stratégique pour la Belgique, mais aussi pour répondre aux objectifs de l’Europe : assurer son indépendance énergétique et devenir le premier continent climatiquement neutre au monde.
* Raccordement de câbles sous-marins et souterrains.
