Pourquoi est-il important aujourd’hui de végétaliser le bâti dans nos villes ?

Pierre Georgel : Végétaliser rend les villes plus agréables à vivre, en améliorant la rétention d’eau – ce qui limite les risques de saturation des réseaux d’évacuation souterrains -, ainsi que l’isolation acoustique. Mais cela permet aussi de lutter contre les îlots de chaleur urbains, de développer la biodiversité, de filtrer les poussières d’hydrocarbures et de les dégrader.

 

Les collectivités ont-elles pris conscience de ces enjeux et les ont-elles intégrés dans leur politique d’urbanisme ?

P. G. : Il est désormais admis que l’étalement urbain doit céder la place à la densification urbaine. Mais celle-ci ne sera acceptée que si la ville devient plus agréable. Les décideurs en ont conscience, mais il faut que les PLU et PLUI* deviennent plus contraignants.
Même si des acteurs économiques, en particulier ceux qui créent des centres commerciaux, adoptent la végétalisation par force de loi, les acteurs les plus décisifs du changement restent les élus et les citoyens, qui ont la possibilité de faire valoir leur avis lors de la révision des PLU.

 

Concrètement, comment cela se traduit-il, par quels aménagements du bâti ? Existe-t-il des tendances différentes selon le pays où l’on se trouve, ou bien le type de ville ?

P. G. : Pour la végétalisation des toits, les aménagements sont identiques partout. En France le plus courant est l’extensif simple avec peu de substrat (7 à 8 cm), planté de Sedums qui demandent peu d’entretien. L’extensif enrichi (10 à 12 cm de substrat) comporte en plus des graminées et des vivaces (œillets, fétuques…).
Puis vient le semi-intensif qui accueille des arbustes sur 15 à 30 cm de substrat. Ces types de végétalisation concernent surtout les toitures non accessibles, sur supports autres que béton. Pour les terrasses sur support béton, on installe de systèmes dits intensifs, des véritables jardins, capables d’accueillir des arbres sur des sols épais.   

 

Cette démarche progresse-t-elle rapidement ?

P. G. : Le marché de la végétalisation des toits a été freiné par la baisse de construction de logements, tombée à un plus bas annuel de 236 000 unités, mais il s’est repris puisque les mises en chantier ont repassé cette année la barre des 400 000 unités.
En moyenne, sur les 25 à 28 millions de m² étanchés chaque année, plus de 1 million sont végétalisés, soit 4 %. En Allemagne, le taux se situe entre 10 % et 15 %.

 

Quelles perspectives cela laisse-t-il entrevoir à moyen-long terme ? Comment seront nos villes demain ?

P. G. : On peut raisonnablement penser que la végétalisation sera obligatoire d’ici à 20 ans. J’ai l’espoir que les villes les plus denses comportent au moins 20 % de toits végétalisés.
L’enjeu économique peut accélérer le mouvement. Une étude de l’ESSEC  a montré que la valeur du patrimoine végétalisé se situait en moyenne 7 % à 8 % au-dessus d’autres biens. Cela peut amener beaucoup d’acteurs à considérer la végétalisation comme un investissement intéressant.

 

* Plans locaux d’urbanisme et Plans locaux d’urbanisme inter-communaux

 


Par Gilmar S. Martins, le 21/11/2017.