Une caserne “wilhelmienne”…

Depuis 25 ans, à Mulhouse, la caserne Lefebvre était désaffectée, quasiment à l’abandon.
« Les planchers en bois avaient pourri, et certains s’étaient affaissés », explique Thierry Maire, l’architecte du cabinet TOA qui a été chargé de la reconversion du site.
Pourtant, en dépit de l’outrage du temps, elle avait encore belle allure. Achevée en 1877, alors que l’Alsace et la Lorraine avaient été intégrées à l’Empire allemand après la défaite française de 1870, la caserne présente en effet un style “wilhelmien”* typique, avec ses façades d’apparat et ses grandes fenêtres.

…reconvertie en logements sociaux

Après de nombreuses tentatives, c’est un bailleur local, la Société Batigère Nord-Est, qui va réussir à redonner vie à cet ensemble de 25 000 m². Le projet prévoit une centaine de logements sociaux sur quatre étages, soit une occupation très inférieure au potentiel du bâtiment.
Thierry Maire a donc créé de grands patios de distribution sous verrière, pour abriter l’ascenseur, les escaliers et un jardin au sol. Cette nouvelle distribution intérieure ayant abouti à la suppression de certains murs qui maintenaient les façades, comment assurer la solidité du bâtiment ?
« Nous aurions pu refaire les planchers en bois, mais nous aurions été limités aux murs de refend existants. Nous les avons remplacés par des poutres et des dalles de béton pour soutenir les façades très élancées, d’une hauteur de 20 m tout en évidant la structure existante », explique Thierry Maire. Toujours pour assurer la solidité du bâtiment, il a fallu conserver la première dalle, située au-dessus d’un sous-sol constitué de voûtes.
« En utilisant le béton, nous avons pu reconstituer des voiles avec des ancrages réguliers sur les murs et les poteaux des voûtes, ajoute-t-il. Ce matériau était la solution pour assurer la “couture”avec les structures existantes à conserver. »

Un taux d’occupation de 100 %

Pour modifier la perception des espaces intérieurs, anciennement de grandes chambrées dominées par des ouvertures de 2,5 m de hauteur, Thierry Maire a relevé les planchers au niveau des allèges (la base des fenêtres) et conservé les encadrements en grès : « Nous avons ainsi modifié la relation entre cette fenêtre et les espaces intérieurs. »
Les nouvelles portes-fenêtres donnent désormais sur des balcons d’une profondeur de 5 m sur une largeur de 2,5 m sans modification des façades. En 2014, peu avant la livraison, une journée porte ouverte a attiré 200 visiteurs.
Tous les logements ont depuis trouvé preneur, et le taux d’occupation frise sans discontinuer les 100 %. Une réussite qui confirme dans la durée la justesse de cette opération de reconversion.

*Du nom de Wilhelm I, premier empereur allemand de 1871 à 1888.

 


Par Gilmar S. Martins, le 02/05/2018.