Au bord d’un chemin de Saint-Jacques de Compostelle, niché en contrebas du château de Calmont d’Olt, le site du projet s’inscrit dans la vallée du Lot face aux monts d’Aubrac. Dans ce paysage préservé en limite ouest du village d’Espalion, le bâtiment s’intègre parfaitement dans la pente naturelle de ce site à l’entrée du village.
La crèche est pensée comme un élément abstrait, horizontal et cerné de voiles en béton de site damé. Tel un écrin, l’équipement se masque à la vue pour protéger les enfants en utilisant le vocabulaire architectural local. La matière, la couleur et la hauteur des murs qui ceinturent le bâtiment rappellent les clôtures en pierre sèche calcaire des corps de ferme environnants.
Compacité et efficacité
Le bâtiment, porté par la Communauté de communes, regroupe une crèche d’une capacité de soixante berceaux, ainsi qu’un relais petite enfance. Les concepteurs ont privilégié une compacité maximale par une intelligence du plan. Au final, ce sont seulement 18 m2 de circulation qui distribuent les 799 m2 de l’équipement. Cette approche extrêmement rationnelle en termes de fonctionnalité répond non seulement aux impératifs financiers mais contribue également à des économies substantielles, en termes de dépenses énergétiques notamment. Moins de surface signifie moins de déperdition de chaleur donc une consommation réduite en chauffage.
De plain-pied, l’équipement unitaire intègre les différents éléments du programme, à savoir la crèche et le relais petite enfance. Chaque entité dispose de sa propre entrée pour différencier les flux et leur assurer un fonctionnement indépendant. Le bâtiment s’organise selon un plan en étoile, avec un atrium central comme véritable cœur du projet. Situé immédiatement après le hall d’entrée, l’atrium dessert les entrées des trois unités de la crèche – bébés, moyens et grands –, une disposition qui optimise les déplacements. Entouré de deux patios et baigné de lumière naturelle, il est caractérisé par une ambiance douce et accueillante favorisant le bien-être des occupants et diffusant la particularité de son ambiance à l’ensemble des unités de vie des enfants. Ces patios sont protégés par des velums motorisés en toiture qui permettent de les ombrager et d’éviter toute surchauffe solaire sur les vitrages. Un plancher chauffant mais également rafraîchissant permet l’été de diminuer la température de 5 degrés par rapport à l’extérieur.
Béton de site damé
Pour Olivier Rigal de l’Atelier Orra, en tant qu’aveyronnais de naissance, il est très vite apparu évident d’utiliser les ressources locales pour réaliser un ensemble harmonieux, sobre, robuste et pérenne. Il explique : « Le territoire et la topographie particulière du site ont servi de “matière première” au projet. Pour retrouver les teintes des pierres calcaires des fermes traditionnelles, nous avons souhaité réaliser un béton de site damé élaboré à partir de granulats provenant de la carrière locale. »
Ce parti structurel a des conséquences directes sur les dimensionnements ainsi que les possibilités architecturales. Les voiles en béton de site dit « sec » n’étant pas ferraillés, ils se comportent différemment d’un béton coulé en place. Les charges descendues par compression, tout comme une épaisseur de 35 cm, soit pratiquement le double d’un voile classique, sont des éléments à prendre en compte dans la conception du projet.
Les granulats sont extraits de la carrière Galibert, située à moins de 5 km du chantier. Utilisant la même technique que le pisé, le béton de site est préparé sur le chantier, puis mis en œuvre à consistance sèche dans un coffrage, par strates horizontales successives de 12 cm. Celles-ci sont ensuite « serrées » à 10 cm par un procédé de damage au fouloir pneumatique. Cette étape est particulièrement importante, puisqu’il faut obtenir un rapport eau/liant régulier pour assurer la stabilité de l’ouvrage.
La finition retenue par les architectes, d’aspect texturé, est brute, d’apparence similaire à un mur en pisé clair tendant vers un beige naturel. La matérialité de ce béton mis en œuvre par strates horizontales constitue une réinterprétation contemporaine et artisanale, au sens noble, des typologies locales et historiques, pour constituer un ensemble tout en mesure, ordonné et équilibré, parfaitement intégré dans son environnement, s’inscrivant dans un mouvement d’« architecture vernaculaire moderne », sans aucun pastiche et au service de ses petits utilisateurs.