Sur 4 hectares au cœur de Toulon, l’ancien site de l’hôpital Chalucet a laissé place à un quartier mêlant culture, enseignement, activités économiques, bureaux et logements. Une opération d’envergure menée par quatre maîtrises d’ouvrage publiques* et conçue par Corinne Vezzoni et Associés, avec Devillers et Associés et HYL paysagistes. « C’est ce qui fait la force du projet : une seule opération, avec un timing très serré. Tout est sorti en cinq ans », souligne Maxime Claude, architecte associé de l’agence Corinne Vezzoni et Associés.
Un quartier construit autour du jardin
L’enjeu était autant de reconstruire que de recoudre ce morceau de ville longtemps fermé. Le projet conserve les traces de son histoire – chapelle, aile de l’ancien hospice, jardin Alexandre Ier – tout en ouvrant le site sur les quartiers voisins. Autour de cette armature patrimoniale et paysagère prennent place médiathèque, écoles supérieures, pépinière d’entreprises, bureaux, commerces et logements.
Le jardin Alexandre Ier en constitue le cœur. Étendu jusqu’aux nouveaux bâtiments, il se prolonge par des terrasses arborées et des cheminements. « Nous avons à cœur de gommer cette notion de dedans-dehors. Dans nos régions, on vit beaucoup à l’extérieur », explique Maxime Claude. Végétation, ombrage et gestion de l’eau participent ainsi au confort d’été. Les eaux pluviales sont retenues en toiture, dans des noues et des bassins paysagers, tandis que l’orientation des bâtiments, les protections solaires et la ventilation naturelle nocturne limitent les surchauffes.
Le béton comme fil conducteur
Le béton clair apparent donne également sa cohérence au quartier. Un choix architectural, mais pas seulement. « On aime la matérialité du béton, son épaisseur et le fait de montrer ce dont il est composé », indique l’architecte. Les granulats blancs proviennent notamment de la carrière du Revest, à une dizaine de kilomètres de Toulon, et une centrale installée sur le chantier a permis de couler le béton sur place en limitant les rotations de toupies.
Pour la médiathèque et l’École supérieure d’art et de design, l’agence a notamment utilisé le procédé GBE : un voile porteur en béton côté intérieur, une isolation et une peau extérieure également en béton, coulés conjointement. Sur certains voiles de l’école, l’enveloppe atteint 55 à 75 cm d’épaisseur. Cette profondeur protège les baies du rayonnement solaire, tandis que le béton intérieur apporte son inertie. Le matériau est aussi laissé apparent afin d’éviter des finitions rapportées ; les planchers coulés sont juste polis et protégés par un bouche-pores. « C’est sur le long terme qu’il faut le regarder, insiste Maxime Claude. Dans la médiathèque, le béton brut intérieur et extérieur ne nécessite ainsi pas d’entretien particulier et présente, après plusieurs années, une bonne tenue. »
Cinq ans après, l’épreuve de l’usage
Chalucet a obtenu en octobre 2025 le niveau Or de la démarche Quartiers durables méditerranéens en phase usage, après l’Argent en conception et l’Or en réalisation. Parmi les points remarquables : la réouverture du site sur la ville, 1,5 hectare de jardins, 1,4 hectare d’espaces publics, la gestion des eaux pluviales et la mixité fonctionnelle et sociale.
L’usage confirme aussi l’attractivité du lieu. La médiathèque accueille jusqu’à 1 700 visiteurs par jour, et les retours sur le confort thermique et la lumière naturelle sont majoritairement positifs. « Elle est victime de son succès », constate Maxime Claude. Cinq ans après, l’architecte retient aussi la méthode qui a permis de faire aboutir cette opération complexe, réunissant quatre maîtres d’ouvrage publics : « Ce qui m’a le plus marqué, c’est le dialogue permanent entre quatre maîtres d’ouvrage, et le fait qu’on ait su aboutir en cinq ans. »
*Métropole Toulon Provence Méditerranée, Ville de Toulon, Conseil général 83, Chambre de commerce et d’industrie du Var.