Ne pas laisser un lieu en friche durant des années, redonner tout de suite une seconde vie à un site de production abandonné en le transformant en un symbole de vitalité. Avec le Michelin Innovation Park – Cataroux, le plus célèbre des industriels français et ses partenaires* veulent montrer que l’innovation est toujours active dans le berceau du groupe, et sur le territoire de Clermont-Ferrand.
Après le Centre des matériaux durables, la Manufacture des talents et le Hall 32, déjà ouverts, l’inauguration du Pôle d’innovation collaborative (PIC) permet à cet ambitieux programme de franchir une nouvelle étape sur ce site inauguré en 1921 et qui fut le premier centre de recherche de Michelin. Le PIC s’adresse à un large spectre d’acteurs économiques : indépendants, startups, PME, grandes entreprises… et se veut un lieu hybride, incarnant une nouvelle manière de concevoir le travail et le collectif. Sa vocation ? Être un catalyseur pour les entreprises, pour les talents, pour le territoire.
La grande halle, cœur vibrant ouvert à tous
Le cœur vibrant du PIC est son grand bâtiment à double hauteur qui accueille un food court, une vaste salle vouée aux conférences, conventions d’entreprise et spectacles, ainsi qu’un espace de bien-être avec sauna, hammam, fitness et coiffeur. Ouvert au grand public, il est situé en bordure du square Gordon Bennett et fait le lien avec l’entrée d’un autre lieu emblématique de la ville, le stade de rugby ASM Clermont Auvergne. Pour ce lieu, le choix du bois s’est imposé. « Construire sa structure en charpente métallique n’aurait pas été cohérent avec notre volonté de réduire le bilan carbone. Le bois utilisé pour la charpente ainsi que pour les menuiseries est issu d’Auvergne-Rhône-Alpes », explique William Vassal, fondateur de l’agence Z Architecture, concepteur du PIC.
De nouveaux bâtis alignés sur le B146
Juste à côté, les « trois nefs », d’étroits immeubles aux toits pentus de sept niveaux, constituent l’autre partie neuve du complexe. La plus excentrée accueille 97 studios de coliving. Les deux autres sont consacrées au coworking, tout comme le B146, un bâtiment des années 1980 qui a été conservé. L’ensemble regroupe 2 000 postes de travail, 51 salles de réunion et 2 auditoriums où se côtoient startups, entreprises, freelances… De quoi favoriser les synergies et la créativité.
« Nous avions d’abord envisagé de démolir le B146, un bâtiment qui n’était pas particulièrement intéressant du point de vue architectural ou de l’usage. Mais le maître d’ouvrage et l’architecte-conseil du site Cataroux, Nicolas Michelin, tenaient absolument à le garder, non pas pour ses qualités intrinsèques mais pour conserver ce qui existe et ne plus démolir. Il faut en effet arrêter de puiser systématiquement dans la ressource, estime William Vassal. Pour assurer une cohérence et une efficacité optimale à l’ensemble, nous avons aligné les trois nefs sur les mêmes niveaux que le B146. La vigie, un petit bâtiment construit spécialement pour relier l’existant à la partie créée, fait la rotule entre ces éléments. À l’intérieur du PIC, on ne ressent ainsi pas de rupture entre la partie neuve et celle réhabilitée, on passe d’un bâtiment à l’autre sans s’en apercevoir. »
Une structure béton à empreinte réduite
Les nefs ont été réalisées avec une structure composée de poteaux, poutres et dalles en béton. « Ce matériau nous a permis d’être de plain-pied avec les niveaux du B146, dont les étages sont espacés de 3,30 mètres. Nous recherchions en effet le complexe structurel le plus fin possible, avec une dalle, un revêtement souple et un résilient acoustique. Les nefs sont ainsi plus compactes, et donc moins énergivores, en évitant les faux planchers et en limitant les hauteurs de faux plafonds, indique Geïlon Cannarozzi, associé de l’agence Z. Le béton permet aussi d’utiliser une solution bas carbone avec un ciment à base de pouzzolane, une poudre volcanique produite dans la région de Clermont-Ferrand. La pouzzolane permet de réduire la part de clinker, très émettrice de CO2, dans le ciment. »
Le béton en façade a reçu une peinture minérale non filmogène, ce qui donne un aspect moins massif à l’ensemble. « Il était exigé un niveau de finition irréprochable du béton, car il reste visible derrière la peinture. Nous avons donc réalisé des essais sur les teintes et des prototypes afin de nous accorder sur le niveau de bullage », note Geïlon Cannarozzi.
Inertie thermique et loggias
Enfin, dans une ville comme Clermont-Ferrand, où le climat continental connaît des saisons de plus en plus contrastées sous l’effet du réchauffement climatique, le béton apporte une inertie thermique bienvenue, qui s’associe à des choix architecturaux s’inscrivant dans les principes du bioclimatisme. « Sur les trois nefs, les façades sud sont protégées par des loggias de plus de quatre mètres de profondeur. Ainsi, même lorsqu’on est dans une grande salle ou un bureau orienté plein sud, la façade est protégée du soleil, explique William Vassal. Il y a dix ans, nous n’aurions jamais dessiné ces façades de cette manière, avec ces loggias. Aujourd’hui, ces espaces deviennent à la fois une réponse au confort thermique d’été, de nouveaux lieux de travail collaboratifs et font partie intégrante de l’identité du bâtiment. »
Ouvert en janvier dernier et inauguré en mai, le complexe a obtenu la certification BREEAM (Very Good) en raison de ses performances environnementales, ainsi que le niveau E3C1 du label E+C- (Énergie positive et Réduction carbone).
* La foncière PIC est constituée de : Crédit Agricole Centre France, Michelin, Banque des Territoires, Caisse d’Epargne Auvergne Limousin, CCI Puy-de-Dôme Clermont. Le PIC est également soutenu par des acteurs privés et par les pouvoirs publics. Sa réalisation a été confiée au groupe Cardinal, et son exploitation à Turing 22.