150 ans après leur découverte accidentelle, les « marmites » du Jardin des Glaciers – sculptées par la fonte des glaciers il y a 20 000 ans – partagent la vedette avec une nouvelle attraction : le Felsenwelt (« monde de la roche »). En 2021, après trois ans de chantier, cette extension a ouvert les portes du monde souterrain à des visiteurs émerveillés.
Voyage au centre de la Terre
L’expérience proposée immerge le public au cœur de la falaise de grès qui surplombe le site. Ici, les datations donnent le vertige : on trouve les traces fossilisées des coquillages et des palmiers de la mer subtropicale qui s’y trouvait il y a 20 millions d’années, et on découvre les angles spectaculaires pris par la roche lorsqu’elle s’est redressée à 54° pendant la formation des Alpes. Ce « géotope » témoigne de l’histoire de la Terre et donne un aperçu de l’évolution du paysage et du climat, de l’ère tertiaire jusqu’à nos jours.
Selon une architecture conçue par le cabinet bâlois Miller & Maranta, le parcours commence au pied de la falaise. Carte en main, le visiteur emprunte un tunnel en zigzag de 40 mètres, qui se divise en une enfilade de salles rocheuses et descend en pente douce jusqu’à une vaste caverne où l’eau de pluie forme un lac ; des animations projetées sur les parois évoquent les anciens paysages, leur flore et leur faune. De là commence l’ascension à travers un puits vertical de 30 mètres : un escalier sculptural – doublé d’un ascenseur – monte jusqu’à la Sommerau, la terrasse rocheuse ouverte sur Lucerne et les Alpes. « Nous sommes fascinés par l’idée que le Felsenwelt est une machine à remonter le temps : c’est une nouvelle dimension de l’expérience globale », a expliqué Quintus Miller.
Entre formations rocheuses et architecture béton
Aux endroits qui le nécessitaient, le béton est venu en allié. Afin de créer une interaction harmonieuse avec la roche naturelle, le portail et le puits vertical se présentent sous la forme de blocs et de dalles inclinés à 55°, soigneusement exécutés en béton apparent. Tous les détails géométriques ont été anticipés par les architectes : formes, coffrages, traitements de surface… Le grès issu de l’excavation a été réutilisé comme granulat pour obtenir une coloration semblable à celle de la roche, et les surfaces de béton saillantes ont été scarifiées manuellement à la boucharde.
Pour favoriser l’écoulement du matériau jusque dans les moindres recoins, le diamètre maximal des granulats ne dépassait pas 16 mm, et les étapes les plus complexes ont été réalisées avec un béton autoplaçant à la consistance très fluide, évitant ainsi tout recours à la vibration.
Un tracé adapté au jour le jour
Ce projet a nécessité douze ans de planification, quarante mois de construction et des milliers d’heures de travail. Plusieurs équipes sont intervenues, notamment celles de Conzett Bronzini Partner, du groupe Lombardi et de Geotest, pour dimensionner les structures béton, superviser les travaux de creusement, effectuer le suivi géologique et hydrogéologique…
Tout l’espace souterrain a été en effet creusé par forage, dynamitage et piochage des voûtes rocheuses. L’enjeu était de réaliser le tunnel, la caverne et le puits vertical selon une géométrie qui s’adapte autant que possible à l’aspect naturel du massif rocheux. Le tracé et l’emplacement des espaces souterrains ont été adaptés au fur et à mesure de l’excavation. De quoi mettre en valeur des détails qui auraient été perdus sinon.
Aujourd’hui, la végétation commence à coloniser les aspérités du puits vertical. Nature et architecture font alliance pour créer une dramaturgie grandiose et offrir au visiteur une expérience insolite.