Implantée à deux pas de la place de la Nation, la tour Racine fait partie de ces singularités architecturales qui ponctuent le tissu parisien. Cylindrique et élancée, haute de 35 m pour 23 m de diamètre, elle affiche une écriture très typée des années 1970 : façade porteuse en béton granuleux, trame répétitive et pied de tour resserré en taille de guêpe. Inaugurée en 1975 et dessinée par les architectes Jean Deschler, Jean Thieulin et Pierre de Vigan, elle accueille alors le siège de l’Office national des forêts (ONF).
Au fil des décennies, l’immeuble devient trop exigu pour l’établissement public. L’ONF quitte les lieux en 2022. L’édifice parisien est alors repris par le groupe d’investissement Alderan, qui en confie la transformation à l’agence Maud Caubet Architectes. L’opération vise à accueillir les 350 salariés de l’Opco EP, organisme public chargé de la formation professionnelle des entreprises de proximité, qui rachètera par la suite l’immeuble à l’investisseur.
Densifier sans trahir la tour
L’opération pose d’emblée une double gageure : remettre à niveau un immeuble devenu obsolète au regard des normes thermiques et adapter le bâtiment aux nouvelles pratiques du travail, désormais fondées sur le partage, le confort et les services. « Pour financer l’opération, il était nécessaire de densifier, un mot qui peut faire peur. Dès lors, se posait la question de savoir comment ajouter des mètres carrés en respectant l’identité de ce bâtiment remarquable », explique Maud Caubet. La réponse permet d’augmenter la surface utile d’environ 30 %, le bâtiment passant de 4 000 à plus de 5 500 m2.
Au pied de l’édifice, une nouvelle construction aux lignes fluides vient se greffer à l’existant. Sa toiture accueille un jardin de 175 m2 planté sur un mètre de pleine terre, participant à la renaturation de la parcelle malgré sa densification.
Le projet engage aussi une transformation radicale des sous-sols. Sur les cinq niveaux de parking existants, deux sont réinvestis grâce à la création d’un patio creusé sur environ 14 m de profondeur. Ce vide introduit la lumière naturelle et permet d’installer de grands espaces collectifs aux géométries atypiques.
Au sommet de la tour, la transformation exploite pleinement les vues sur le paysage parisien. Les anciens locaux techniques sont déposés et relocalisés en sous-sol pour libérer la toiture. Une poutre inversée, formant une ceinture de béton périphérique, est alors coulée pour accueillir une structure légère en bois. Celle-ci compose une serre fine et nervurée, qui fonctionne selon un principe bioclimatique : ventilation naturelle, ouvrants intégrés et stores intérieurs automatisés régulent l’ensoleillement et la température intérieure. L’espace accueille un café-restaurant et près de 290 m2 consacrés à l’agriculture urbaine.
Réparer et préparer l’avenir
La rénovation s’accompagne d’un travail attentif sur l’existant. Les façades en béton, altérées par la pollution, ont été nettoyées et restaurées afin de retrouver leur luminosité. À l’intérieur, les dalles ont été consolidées et le second œuvre entièrement déposé. L’isolation est réalisée par l’intérieur pour préserver l’expression des façades, tandis que de nouvelles menuiseries en aluminium remplacent les anciens châssis sans en altérer le dessin.
La structure poteaux-dalles et le noyau central porteur offrent une grande souplesse d’aménagement. Les plateaux remis à neuf alternent espaces ouverts et salles plus confidentielles. Pensée dès l’origine par Maud Caubet, la réversibilité du bâtiment permet d’envisager facilement d’éventuels changements de destination en limitant l’ampleur et le coût des adaptations. La tour pourrait ainsi accueillir, en tout ou partie, des programmes hôteliers, des logements étudiants ou du coliving.
À l’échelle urbaine, l’intervention reste mesurée mais efficace. La tour Racine conserve sa présence dans le paysage du 12e arrondissement tout en intensifiant ses usages.