Vous avez accompagné le renouvellement urbain de Lestrem, entre la Grand Place et le parc de la Giclais. Quel était le contexte de cette intervention ?
Fabian Servais : Tout est parti d’un marché portant uniquement sur le réaménagement de la route de Béthune, l’axe principal de la commune. En travaillant le dossier, j’ai proposé d’élargir la réflexion à la Grand Place puis au parc de la Giclais, une vaste respiration un peu vieillissante mais stratégiquement positionnée entre le centre historique, les équipements publics et un nouveau quartier d’habitat de plusieurs centaines de logements. La mairie a été sensible à cette vision globale et nous a suivis via plusieurs accords-cadres successifs, sur près d’une dizaine d’années.
Comment avez-vous repensé ces espaces, tout en tenant compte des contraintes du site ?
F. S. : Notre ambition était de créer un cœur de ville plus agréable, avec une vraie place pour les piétons, et de réinscrire le parc dans la continuité du centre. Nous avons ainsi réaménagé la traversée urbaine sur 450 mètres pour apaiser la circulation, végétalisé la Grand Place et amélioré les liaisons piétonnes. Dans le parc, nous avons valorisé les espaces favorables à la biodiversité et les cheminements vers les équipements culturels et la ferme pédagogique.
Mais le parc présentait une contrainte majeure : traversé par le courant du Val, il constitue une zone d’expansion de crue. Lors de fortes pluies, il peut accueillir temporairement les eaux qui débordent du cours d’eau. Il fallait préserver cette fonction naturelle, sans imperméabiliser les sols, tout en créant des allées praticables toute l’année et accessibles aux personnes à mobilité réduite.
« Le béton offre une infinité de formulations : coloris, porosité, effets de surface, formes libres grâce au coffrage. En supprimant une partie de ses granulats les plus fins, on obtient une perméabilité que peu d’autres revêtements atteignent. »
Fabian Servais, directeur d’Atelier Nervures.
Pourquoi avoir privilégié un béton drainant plutôt qu’un autre revêtement ?
F. S. : Le béton offre une infinité de formulations : coloris, porosité, effets de surface, formes libres grâce au coffrage. En supprimant une partie de ses granulats les plus fins, on obtient une perméabilité que peu d’autres revêtements atteignent, l’eau s’infiltrant directement dans le sol, à condition que la fondation soit elle-même perméable. Nous avons réalisé plusieurs essais avant d’obtenir des résultats très concluants, pour un surcoût finalement limité, de l’ordre de 20-25 % par rapport à un revêtement classique.
Quels ont été les principaux défis de mise en œuvre ?
F. S. : Trouver le bon équilibre dans la formulation : retirer trop de granulométrie fine fragilise le matériau, ne pas en retirer assez limite la perméabilité. Nous avons réalisé plusieurs planches d’essai, chacune de quelques mètres carrés, avant de valider la formulation, avec une teinte ocre-beige choisie pour son albédo, afin de limiter l’accumulation de chaleur, et pour sa cohérence avec la pierre naturelle posée sur la Grand Place. L’expérience nous a confortés : c’est un matériau que nous intégrons désormais à notre palette, dès que confort d’usage et gestion de l’eau doivent être conciliés.
Quel bilan la collectivité tire-t-elle de cet aménagement ?
F. S. : Le parc est aujourd’hui très fréquenté, régulièrement mis en avant sur les réseaux sociaux de la commune, et il joue pleinement son rôle de liaison entre le centre historique, les équipements publics et les nouveaux quartiers. L’eau et le couvert végétal en font l’un des espaces les plus rafraîchissants de la ville en période de forte chaleur. C’est un investissement, mais largement soutenu par des subventions, pour un espace public aujourd’hui référence au sein de la Communauté de communes Flandre Lys.