Pouvez-vous nous résumer l’histoire de cette chaufferie et le contexte dans lequel s’inscrit aujourd’hui le projet ?
Luke Gates : La Chaufferie des Tarterêts a été construite en 1970 pour alimenter en chaleur les grands ensembles du quartier, à Corbeil-Essonnes. Elle chauffait près de 10 000 habitants, d’abord au fioul, puis au gaz. Elle a cessé son activité au début des années 2010. Le bâtiment est signé par les architectes Jean-Pierre Jouve et Roland Dubrulle, avec l’ingénieur René Sarger. Autour d’une cheminée de 36 mètres, cinq voiles minces en béton de 11 centimètres d’épaisseur forment des coques de 26 mètres de portée, une performance remarquable à l’époque. Comme beaucoup de chaufferies des grands ensembles, elle était pensée comme un repère central, presque une vitrine technique. Celle-ci se distingue par la finesse de ses voiles et la qualité de son ingénierie. Inscrite aux Monuments historiques en 2016, elle fait aujourd’hui l’objet d’un projet de transformation porté par la Ville dans le cadre de la consultation internationale Quartiers de demain, qui encourage la réhabilitation de l’existant plutôt que sa démolition.
Dans quel état avez-vous trouvé le béton, et comment intervenez-vous ?
L. G. : Le constat est plutôt rassurant. Le béton est globalement sain, très bien mis en œuvre à l’origine. Les pathologies se concentrent sous les casquettes périphériques, où le ruissellement de l’eau a provoqué des éclats et l’exposition des aciers. La méthode d’intervention pressentie reste ciblée : purge, traitement des fers, réparation ponctuelle. L’enjeu est de conserver l’intégrité du volume central. Nous touchons très peu à la structure. Une mezzanine indépendante en bois sera créée sans s’appuyer sur les voûtes, afin de ne pas surcharger l’existant. Le contraste bois/béton permettra aussi de distinguer clairement notre intervention contemporaine.
Comment adaptez-vous ce volume monumental à de nouveaux usages ?
L. G. : La Chaufferie deviendra une « bibliothèque augmentée ». Le parterre accueillera des espaces de lecture et numériques, une cuisine partagée et des salles de réunion. En mezzanine, des espaces de pratiques culturelles et sportives et un café surplomberont le vide central. Nous avons imaginé des « super-meubles » modulables, capables de transformer l’espace en auditorium, en salle d’événements ou en bibliothèque selon les moments. L’acoustique constitue un enjeu majeur : les voûtes en béton générant une forte réverbération, nous proposons un béton de chanvre en sous-face des voiles pour améliorer le confort acoustique et hygrométrique tout en conservant une matérialité cohérente avec l’existant.
Le projet va au-delà de la réhabilitation de la chaufferie ?
L. G. : Oui. La Chaufferie doit devenir une nouvelle centralité pour le quartier des Tarterêts. Elle se situe face au marché et à proximité immédiate de la Maison des associations. Nous créons une entrée directe depuis la rue et un parvis ouvert pour effacer la frontière entre espace public et équipement. Le projet se construit aussi avec les habitants. Des ateliers de préfiguration et de co-conception sont prévus, notamment pour la fabrication d’une partie du mobilier. L’idée est que les usagers participent à la transformation et retrouvent, à l’ouverture, des éléments qu’ils auront contribué à créer. Une année d’études est engagée en 2026, suivie d’environ dix-huit mois de travaux. L’ouverture est envisagée au printemps 2029.