Au sud de l’agglomération bordelaise, les communes de Bouliac et Bègles sont reliées depuis 1993 par le pont François Mitterrand, qui a permis l’achèvement de la rocade de Bordeaux. Dans une métropole où la pratique du vélo est très répandue, cet ouvrage d’art de 642 mètres constitue cependant une lacune au sein d’un réseau très structuré de pistes cyclables. Les cyclistes (et piétons) doivent aujourd’hui effectuer des détours importants et peu lisibles pour franchir le fleuve. La nécessité d’y ajouter une liaison douce s’est donc progressivement fait jour pour aboutir à un projet de passerelle.
A l’abri du trafic et des caprices météo
Lauréat du concours de conception-construction, le groupement Aevia / MOG Architectes / Setec a proposé à l’Etat, qui est maître d’ouvrage, une solution audacieuse. « Le premier scénario possible était de situer la passerelle à la hauteur du tablier. Le deuxième, qui a été retenu, était de l’insérer à 3 mètres en-dessous. Ce design est plus élégant, il dessine une ligne continue calée à la tangente des arcades, presque invisible dans la lecture globale de l’ouvrage. Et grâce à cette situation sous l’encorbellement, au plus près du caisson longitudinal, colonne vertébrale du pont, la passerelle profite d’une protection naturelle contre les intempéries, le vent et les nuisances routières. Elle offre en outre à ses usagers des belvédères permettant de contempler, en face, l’île d’Arcins », explique Julien Mogan, architecte associé en charge du projet.
Sur ce pont en béton composé de deux tabliers indépendants à caisson longitudinal et construits par voussoirs, la solution choisie présente également des avantages en termes de structure, selon Julien Mogan : « En réalisant des consoles le long du caisson de l’ouvrage, nous sommes au plus près de la reprise des efforts. » Pour accueillir la passerelle, il a toutefois fallu procéder à un renforcement de la précontrainte existante en ajoutant des câbles à l’intérieur du caisson et en renforçant localement la peau du béton par des tissus carbone agissant comme des « pansements » structurels.
750 t CO2 économisées
La passerelle est suspendue au pont par un système de consoles métalliques en L ancrées tous les 7 mètres, qui fonctionnent selon un principe pendulaire afin d’absorber les efforts, sans transmission parasite au caisson. « Pour aller de console à console, nous allons mettre des dalles en BFUP précontraint de 3 mètres de largeur. Ce platelage gaufré* en béton fibré allie des qualités de résistance en compression, de raideur et de légèreté. Outre qu’il constitue une solution plus efficace économiquement que le métal, le BFUP permet également de limiter le bilan carbone avec l’équivalent de 750 tonnes de CO₂ économisées. Il constitue aussi un mode opératoire de type mécano, avec l’assemblage d’éléments prémoulés parfaitement adapté à un projet hyper-tramé et répétitif. Dernières qualités du BFUP : il ne nécessite pas d’entretien ni d’étanchéité », note l’architecte du projet. Les dalles seront recouvertes d’un revêtement de surface antidérapant en résine afin que les vélos puissent y circuler en toute sécurité.
Après la mise en place d’un rail sous le tablier, d’une rive à l’autre, permettant la circulation de nacelles de construction, le chantier a débuté au printemps 2025. Il devrait s’achever à l’automne 2026, créant ainsi le maillon indispensable de l’itinéraire 14 du Réseau Vélo Express qui reliera en toute sécurité les deux rives de la Garonne.
* Assemblage de dalles dont la face inférieure est composée de nervures en béton qui s’étendent dans deux directions, ce qui rappelle la forme d’une gaufre.