Dans un projet immobilier, quels sont les principaux enjeux et difficultés acoustiques ?

Dans l’habitat, la réglementation des bruits de voisinage, dont la dernière révision majeure date de 2006, postule que le bruit que vous générez ne doit pas être supérieur à celui du bruit résiduel chez le voisin. L’enjeu clé consiste à masquer les bruits à potentiel de gêne élevé, comme celui d’un voisin, avec d’autres, plus neutres, comme celui de la circulation, qui gênent moins car ils n’ont ni origine ni sens précis. Pour transformer ce principe en stratégie concrète, il faut considérer la spécificité de chaque opération. Il faut aussi garder à l’esprit que la réglementation impose des exigences de performances aux bâtiments mais aussi aux exploitants.

 

Quelles sont les vertus acoustiques intrinsèques du béton pour obtenir de bonnes performances ?

Grâce à sa masse, le béton offre une excellente isolation phonique vis-à-vis de ce qu’on appelle les bruits aériens produits par les conversations, la télévision, la radio, etc. Plus la masse est importante, meilleur sera l’isolement acoustique. Concernant les vibrations induites par les équipements techniques, dont il faut aussi se protéger, il est possible d’accrocher un tel équipement à une paroi en béton. Si celle-ci est suffisamment lourde, ses vibrations ne seront pas transmises. Cependant, le béton réverbère les ondes sonores et ne peut être laissé totalement brut: une correction acoustique doit être apportée, variable en fonction de l’usage des locaux.

Comment peut-on amplifier les vertus du béton ?

Quand on vise des isolements acoustiques très élevés, par exemple entre un bâtiment d’habitation et un gymnase, une lame d’air peut être très efficace. Si vous en introduisez une entre deux parois capables d’isoler chacune jusqu’à 50 dB, vous aurez un système capable d’isoler correctement jusqu’à 90 dB*. Sans lame d’air, une paroi monolithique d’une épaisseur égale à celle des deux que je viens d’évoquer n’aurait pas une performance supérieure à 60 dB. Pour arriver à 90 dB, la lame d’air est la seule solution, mais il faut prendre un grand soin lors de la réalisation. Aucun matériau rigide ne doit y être introduit ou laissé, même involontairement, car cela va réduire la performance acoustique du dispositif.

 

Ces vertus sont-elles valables pour tout type d’application ?

Si le béton isole des bruits aériens, c’est aussi un matériau dur qui transmet les bruits d’impacts (pas, chutes d’objets). Pour atténuer cet effet il faut prévoir des dalles flottantes ou des revêtements de sol performants. Dans les copropriétés construites dans les années 60 et 70, si vous voulez changer le revêtement de sol d’origine, généralement une moquette posée sur la dalle en béton, il faut poser des dalles flottantes sur un isolant, une mousse ou un matelas de fibres. Mais la réalisation doit être parfaite pour un résultat optimal. Sur les façades, trois points peuvent laisser le bruit se diffuser : les coffres de volets roulants, les bouches d’entrée d’air et les fenêtres. Grâce aux bonnes propriétés isolantes du béton, il sera alors possible d’envisager des solutions d’isolation moins coûteuses pour les fenêtres par exemple.

 

*90 dB sont équivalents au bruit d’une tondeuse à gazon, alors que 60 dB correspondent à celui d’un marché animé ou d’un lave-linge.


Par Gilmar S. Martins, le 19/05/2016.