Anticiper les pics à 50°C dès aujourd’hui
Avec le réchauffement climatique et la minéralisation des villes, l’effet d’îlot de chaleur urbain (ICU) est appelé à devenir plus fréquent durant les périodes estivales. Pour contribuer à enrayer ce phénomène, la Société de livraison des ouvrages olympiques (SOLIDEO) a mis en place, avec l’Agence Parisienne du Climat, des solutions innovantes pour le Village des athlètes des Jeux olympiques 2024. Cet ensemble, destiné à devenir un quartier à part entière dans sa phase héritage, a inauguré le concept Cool Ground pour la rue Ampère, desservant le collège Dora Maar, à Saint-Denis. Fruit de la collaboration entre quatre entreprises — Alkern, Vertuo, Seureca et Emulithe —, ce dispositif de gestion intégrée des eaux pluviales est destiné à créer un îlot de fraîcheur pour les piétons.
Stocker l’eau pluviale pour mieux l’évaporer
Livrée en juin 2024, la rue Ampère combine plusieurs éléments : une chaussée réservoir récupérant les eaux pluviales sous la voirie, un système de serpentins piloté par des sondes météorologiques, un revêtement piéton en pavés de béton drainant coquillé, ainsi que du mobilier urbain support de végétation. « La principale innovation consiste à récupérer et à stocker les eaux pluviales de la chaussée, qui vont ensuite venir rafraîchir le revêtement piéton par évapo-transpiration lors des fortes chaleurs », explique Eric Colmard, prescripteur de travaux publics chez Alkern. Infiltrées via les 380 m² de pavés drainants, les eaux pluviales sont stockées dans un réservoir en béton de 200 m³ aménagé sous la chaussée. Lorsqu’il fait chaud, un système de pompage, activé par une station météo, achemine l’eau dans des serpentins chargés de la diffuser sous les pavés, qui l’évapo-transpirent pour rafraîchir la surface.
Pavés issus de l’économie circulaire
Développés par l’ESITC Caen (aujourd’hui Builders Ecole d’ingénieurs) et déjà installés à La Défense, Bordeaux et Nice, les pavés en béton drainant coquillé sont constitués de ciment, d’eau et de déchets de coquilles Saint-Jacques broyés. « Moins compacts que les pavés classiques, ils favorisent le drainage des eaux pluviales, mais aussi leur remontée à la surface par évapo-transpiration », souligne Eric Colmard. Issus de l’économie circulaire, à raison de 30 kg de coquilles recyclées par m² de béton, ces pavés drainants sont l’un des matériaux les plus perméables pour les milieux urbains. Pour le projet Cool Ground, du béton a également été utilisé pour les réservoirs installés sous la chaussée, en raison de sa capacité à supporter de telles charges. S’agissant d’un prototype, les entreprises impliquées ont, au préalable, estimé et dimensionné les systèmes de stockage, de pilotage, d’irrigation et de rafraîchissement pour qu’il soient les plus efficaces.
Des résultats tangibles
Dans les faits, Cool Ground a prouvé son efficacité en permettant d’abaisser la température des pavés de 15°C avec un niveau de ressenti au sol de 7 à 8°C pendant les fortes chaleurs. Le système de goutte à goutte sous les pavés se déclenche automatiquement dès que la température dépasse les 30°C et autorise une autonomie allant de quinze jours à davantage suivant les réglages. « Présentant le double avantage de créer un îlot de fraîcheur lors de fortes chaleurs et de rendre les revêtements plus perméables lors de fortes pluies, la solution Cool Ground s’avère particulièrement adaptée pour l’aménagement de nouvelles places, d’espaces de fréquentation intense ou à proximité de résidences senior ou d’écoles, conclut Christophe Lagrange, directeur marketing et de l’offre chez Alkern. C’est aussi une solution intégrée qui combine les savoir-faire de plusieurs entreprises spécialisées. »