À ce jour, 2 millions de tonnes de déblais ont déjà été extraites sur ce tronçon de la ligne 15 du Grand Paris Express, qui traversera en majorité la Seine-Saint-Denis, et ce n’est là que le début d’un processus vertueux. D’ici la fin du chantier, en 2030, 7,5 millions de tonnes provenant des travaux de construction des lots Nord et Sud de la ligne 15 Est vont être valorisées pour répondre à l’objectif de retraitement de 85 % du volume total des terres excavées sur cette portion.
Le résultat d’un choix innovant réalisé par la SGP : le maître d’ouvrage du plus grand projet d’infrastructure de transport en Europe a décidé de lancer pour la ligne 15 Est un marché spécifique de gestion-valorisation des terres excavées. Il a été remporté en 2022 par un groupement composé du constructeur Eiffage, du groupe de services urbains Veolia et du producteur de matériaux de construction Cemex. Pour Abdelfeteh Sadok, adjoint au responsable de l’unité Innovation et expertises environnementales de la SGP, cette prise d’initiative est à la hauteur des enjeux : « Comme les quatre lignes composant le GPE sont réalisées majoritairement en souterrain, les volumes sont très importants. Une fois achevée, la construction de l’infrastructure aura conduit à déblayer près de 50 millions de tonnes de terre. Dans le même temps, nous sommes consommateurs de matériaux et de ressources pour les besoins de nos chantiers. L’enjeu du retraitement de ces terres est donc important en termes d’économie circulaire. »
Séparer le squelette granulaire des grains ultrafins
Les déblais issus de la ligne 15 Est ont fait l’objet de sondages de reconnaissance pour préqualifier les ressources et leur assigner une voie de traitement. « Il faut distinguer le réemploi, lorsque les terres restent sur les chantiers, de la valorisation extérieure, qui peut prendre la forme d’une réutilisation sur d’autres chantiers ou d’un recyclage, par exemple sur notre plateforme de Bonneuil-sur-Marne », précise Alexandre Liégeon, directeur des activités portuaires de Cemex.
Certaines terres excavées présentent en effet un fort potentiel de valorisation, car elles contiennent des sables et des gravillons. Sur la plateforme de Bonneuil, créée par Cemex en 2026, la première étape du processus consiste à cribler les terres à partir de 8 centimètres. Les éléments d’une taille supérieure sont valorisés par concassage classique à sec pour des usages routiers, tandis que la fraction inférieure va être traitée pour obtenir des produits dénués de grains inférieurs à 63 microns.
Les gravillons vont faire l’objet d’une attrition en eau (lavage et frottement), tandis que le sable va subir des processus de cyclonage, qui permettent de séparer les composants d’un mélange hétérogène par la force centrifuge. « La plateforme de Bonneuil permet ainsi de séparer ce squelette granulaire des grains ultrafins afin de récupérer le sable et les gravillons contenus dans les déblais. On passe ainsi d’une terre qui aurait dû être envoyée en remblaiement de carrière à des matériaux régénérés pour alimenter une centrale de béton prêt à l’emploi », explique Alexandre Liégeon.
Un objectif de 150 000 tonnes de granulats qualifiés
Des précautions sont prises pour garantir la qualité du granulat, précise l’expert de Cemex : « Nous sommes attentifs au taux de sulfate à l’entrée. Des teneurs très élevées peuvent poser des problèmes techniques pour la qualité du béton. »
La mise en fonction effective de la plateforme de Bonneuil ne date que du 4 avril 2026, mais les premiers résultats sont encourageants. « Nous avons encore besoin de recul sur la variabilité des matériaux et sur les réglages nécessaires pour normaliser le granulat. Celui produit est, en tout cas, déjà de très bonne qualité. Afin de caractériser dans un premier temps le béton, nous avons commencé à produire des bétons HCAN (Hors champ d’application de la norme), qui ne peuvent servir à la construction d’un bâtiment ou d’un ouvrage de génie civil. Notre ambition est de normaliser rapidement des granulats de marquage CE*, voire CE 2+, pour pouvoir produire des bétons prêts à l’emploi normés, avec l’objectif de couvrir les applications classiques », estime Alexandre Liégeon.
À terme, 200 000 tonnes de déblais entrants pourraient être traitées annuellement sur la plateforme de Bonneuil, afin d’extraire de 140 000 à 150 000 tonnes de granulats aptes à la production de bétons prêts à l’emploi.
* Le marquage CE est obligatoire pour la commercialisation des granulats naturels, artificiels ou recyclés pour des usages couverts par 8 normes européennes.