Restaurer la continuité écologique entre les massifs forestiers d’Ermenonville et de Chantilly, soit plus de 15 000 hectares inscrits dans le réseau Natura 2000 : c’est le tour de force réalisé par l’écopont d’Ermenonville, qui a remplacé voilà trois ans un ouvrage existant devenu dysfonctionnel, permettant ainsi à la faune de franchir l’autoroute A1 tout en restaurant des conditions favorables au développement de la flore.
Une année d’inventaires avant les travaux
Pour parvenir à tel résultat, un travail minutieux et de longue haleine a été mené par Sanef, concessionnaire de l’A1, avant même le début du chantier. « Des études environnementales ont notamment porté sur les espèces animales et végétales présentes de part et d’autre de l’autoroute. Il a fallu disposer d’une année complète d’inventaires car certaines ne sont visibles qu’au printemps ou en été. Ces relevés ont permis d’identifier les espèces protégées et les milieux à préserver ou à restaurer », souligne Cédric Durieux, ingénieur environnement chez Sanef. Le projet a été le fruit d’un travail collectif associant les équipes de Sanef à des écologues, des spécialistes de l’environnement, des ingénieurs chargés de la conception de l’ouvrage et des matériaux, ainsi que l’Office national des forêts (ONF), le Cerema, différents partenaires locaux et des acteurs spécialisés dans la biodiversité.
Reconnecter les populations animales
Pour Cédric Durieux, l’utilité de ce nouvel écopont est avant tout de reconnecter les populations animales séparées par l’A1, depuis la microfaune jusqu’aux grands mammifères : « Le cerf est l’animal emblématique que nous ciblons, car c’est une espèce dite ″parapluie″ : s’il accepte de franchir l’ouvrage, cela signifie que les espèces moins exigeantes peuvent également l’emprunter. L’ouvrage est fréquenté par les chevreuils, les sangliers, les renards… L’enjeu est génétique : en reconnectant les populations de part et d’autre de l’autoroute, on favorise leur brassage et on évite leur isolement. C’est particulièrement vrai pour le cerf. Mais l’écopont ne sert pas seulement au déplacement des animaux, il permet aussi de recréer des milieux naturels, notamment les landes caractéristiques des deux massifs forestiers. »
Un accès limité au chantier
Long de 52 mètres et large de 30, l’écopont d’Ermenonville est le plus grand jamais réalisé sur le réseau Sanef. Pilotée par l’ingénieriste Arcadis et réalisée par Bouygues Travaux publics, la construction de cet ouvrage presque entièrement en béton a été rendue complexe par un accès limité au chantier. « Nous avons travaillé au-dessus de l’A1, l’un des axes routiers les plus fréquentés d’Europe avec plus de 90 000 véhicules par jour, tout en disposant de très peu d’accès au site en dehors de l’autoroute elle-même, rappelle Laurent Reinhard, responsable du marché de travaux chez Arcadis. La pose des 48 poutres en béton a nécessité une grue installée à l’arrière des appuis. C’est le seul moment où nous avons dû interrompre la circulation sur l’autoroute. Les coupures étaient possibles uniquement entre 22 heures et 5 heures, ce qui laisse très peu de temps pour installer et utiliser la grue. Il fallait donc être extrêmement efficace. »
Des poutres en béton précontraintes
Sur le plan technique, l’ouvrage est de construction classique, estime le représentant d’Arcadis : « Il s’agit d’un pont à poutres préfabriquées précontraintes par adhérence (PRAD)1 à deux travées de 24,50 mètres et pesant de 25 à 35 tonnes. Le béton des poutres présente une résistance supérieure, de l’ordre de C45/55, mais cela reste un matériau assez classique pour ce type d’ouvrage. Les deux culées et la pile centrale sont fondées sur des pieux descendant à environ 30 mètres de profondeur. Le tablier est en effet rempli d’environ 50 centimètres de sable, ce qui représente une charge importante. »
À l’avenir, d’autres solutions devraient émerger pour ce type d’ouvrage. « Le béton bas carbone se développe rapidement et pourrait devenir à terme la norme, poursuit Laurent Reinhard. Le principal frein reste aujourd’hui le coût, mais l’écart va certainement progressivement se réduire. Quant au mix bois-béton, il se développe également, mais plus progressivement, car nous avons encore besoin de retours d’expérience sur la durabilité et l’entretien de ces structures. Sur un réseau autoroutier, il faut des ouvrages qui restent performants pendant plusieurs décennies et dont les coûts d’entretien sont maîtrisés. »
Des hibernaculums pour reptiles
Après moins de trois années de mise en service, les premiers résultats sont particulièrement encourageants : le passage d’animaux de grande taille, avec plus de 710 traversées en 2025, est trois fois plus important que sur l’ancien pont, et la flore s’est également développée grâce à l’utilisation des techniques de déplaquage2 et de semis, ainsi qu’à l’apport de sable provenant du site ou de carrières proches3. « Cela a permis de faire réapparaître des espèces locales et patrimoniales. Un milieu de lande sèche commence notamment à se développer, et des habitats spécifiques pour la petite faune, notamment des hibernaculums pour les reptiles, ont également été constitués à partir de blocs de grès issus des terrassements du chantier. » Reste maintenant à attendre la fin de l’année 2026 pour voir si le trafic d’animaux sur l’écopont a encore augmenté.
(1). Famille de tabliers constitués de poutres en béton préfabriquées en usine, précontraintes par pré-tension. Les armatures de précontrainte sont tendues avant bétonnage, puis l’effort est transmis au béton par adhérence après durcissement. Les poutres sont ensuite posées sur les appuis et solidarisées par un hourdis en béton coulé en place. Dans le cas présent, l’ouvrage est réalisé avec des poutres préfabriquées en T et rectangulaires en rive.
(2). Technique de génie écologique consistant à prélever une portion de végétation avec sa motte de terre et son substrat pour la transférer sur un autre site.
(3). Les déblais du site ont été réutilisés pour les remblais, avec un tri pour conserver le sable en surface. Les apports de sable complémentaire proviennent d’une carrière située à moins de 30 km du chantier, ainsi que du parc Astérix pour retrouver l’aspect « acide » des sables présents sur le site.